Ramadan : entre sur bouffe et efforts de survie


saharamedia
Lundi 23 Août 2010



Ramadan : entre sur bouffe et efforts de survie

Le ramadan, mois béni consacré par les musulmans au jeûne qui est l’un des cinq piliers de l’Islam, entre dans sa phase critique : la deuxième quinzaine, celle qui commence déjà à peser sur les bourses de pauvres familles obligées de se surpasser pour assurer un « ordinaire », qui sort vraiment de l’ordinaire et qui rapproche, à grand pas, d’une autre énorme occasion de dépenser : la fête du Fitr (rupture du jeûne). Bien que répondant à une sage recommandation divine (permettre aux gens aisés « d’apprécier » les conditions de vie des pauvres), le Ramadan est transformé, consciemment ou inconsciemment, en un mois de sur bouffe inconsidérée. Cette prédisposition à faire le contraire de ce qui est prescrit par l’Islam est cependant contrariée, en Mauritanie et dans plusieurs pays de la sous-région, par des conditions de vie très difficiles : Chaleur, coupures d'eau et d'électricité, inflation, sont le lot quotidien des Mauritaniens mais ils prennent une tournure dramatique avec l’arrivée du mois béni de Ramadan. Contre les premiers, la Somelec et la SNDE (sociétés distributrices d’électricité et d’eau) ne peuvent rien puisqu’il s’agit d’une situation endémique qui ne prendrait probablement pas fin avant l’arrivée prochaine d’Aftout-Essahli (eau du fleuve Sénégal tirée sur plus de 170 km) et de l’achèvement des travaux d’extension de la centrale thermique de Nouakchott, prévue d’ici fin 2010. En attendant, il s’agit là d’une atmosphère qui rend le jeûne du ramadan encore plus difficile que d'ordinaire.

La hausse des prix est, elle, un phénomène récurrent. Alors que les citoyens se préparent à accueillir le mois béni, les commerçants, eux, profitent des deux ou trois semaines avant son arrivée, pour revoir à la hausse les prix des principales denrées de base. Des hausses de prix du sucre, du riz, des céréales, des fruits et des légumes allant jusqu'à 30%, selon les endroits, et davantage pour la viande, sont rapportées par la presse et les consommateurs. La concurrence que leur livrent, depuis quelques années, les « boutiques Ramadan » ouvertes par l’Etat ne les inquiètent pas puisque celles-ci sont comme une goutte d’eau dans un océan. Une boutique par quartier, rarement deux, vendant au détail, et nécessitant de longues heures d’attente, drainent certes tous les pauvres de la capitale Nouakchott attirés par des prix baissés pratiquement de moitié, mais elles répugnent à d’autres qui préfèrent aller se faire plumer par les tenanciers de magasins achalandés et prêts à servir pour se servir.

Mécontentements tus mais…

Le mois de ramadan se déroule en Mauritanie, et dans les pays voisins comme le Sénégal et le Mali, dans un climat de vif mécontentement face à la multiplication de difficultés qui s'ajoutent à la forte chaleur et au jeûne. Certes, on n’en arrive pas à ces manifestations de colère rapportées depuis plusieurs jours dans des pays comme l’Egypte où l’on ne badine pas avec la montée du prix du pain, mais le désarroi des citoyens se lit facilement sur les visages dans les marchés ou à l’intérieur des taxis et bus de la Capitale. Ici en raison de coupures d'eau de plus en plus fréquentes. Là à cause de pannes d'électricité au moment de l'iftar, le repas très attendu de rupture du jeûne, de plus en plus cher à préparer. Quelquefois, c’est l’impossibilité de pouvoir veiller avec des feuilletons islamiques diffusés par toutes les chaînes de télévisions arabes à la place des séries turques à la mode depuis plusieurs mois, qui provoquent le courroux des habitants des quartiers populaires (Kandahar, Kossovo, Toujounine, Mellah, etc) contre une Somelec qui multiplie les ingéniosités pour toujours mieux vexer des clients qui la lui rendent bien. Les pics de consommation en soirée ne sont pas étrangers à la multiplication des coupures d'eau et d'électricité, mais la vétusté et le manque de capacité des réseaux sont aussi en cause.

Souvent, chez les pauvres, on entend des complaintes du genre : « Il n'y a pas de pain. Il n'y a pas d'eau. Il n'y a pas d'électricité. » De l’autre côté de la ville, à Tevragh-Zeina, notamment, c’est chaque jour la bombance. Là-bas, se disent les habitants des quartiers pauvres, les gens achètent tellement de bouffe qu’ils sont obligés de s’en débarrasser le matin dans des décharges d’ordures ! C’est le paradoxe de la capitale mauritanienne : surbouffe dans les quartiers riches et efforts de survie dans ceux où s’entassent une plèbe constituant l’écrasante des quelque 800.000 habitants de Nouakchott.

Les pluies compliquent la donne

Les températures de plus de 30 degrés à Nouakchott, davantage dans le reste du pays, et les longues journées de jeûne entre le lever et le coucher du soleil, rendent déjà ce mois sacré musulman de ramadan particulièrement rigoureux. Mais la tombée régulière de pluies sur Nouakchott complique la donne. Les marchés, déjà « vexants » à cause de leur cherté, deviennent répulsifs à cause des fleuves de boue qui les entourent. Il faut vraiment être obligé de s’y rendre pour le faire. Et pour corser l’addition, les taximen doublent les prix de la course ou rechignent tout simplement à prendre certaines directions infréquentables.

Le gouvernement, sous forte pression devant cette grogne tous azimuts, multiplie les déclarations apaisantes.

Le ministre du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme, Bamba Ould Daramane, avait garanti que l’opération Ramadan arriverait à bout de la spéculation mais il a sans doute ignoré le fait que les 4/5 des Mauritaniens étant pauvres, on ne peut faire face au phénomène par quelques boutiques éparpillées et qui vendent au jour le jour. Le meilleur moyen aurait été, peut-être, d’activer les structures de contrôle des prix.

Mohamed Ould Sneiba

 















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