Route Nouakchott – Nouadhibou : Les inondations bloquent le transport de l’or, des légumes et des passagers


saharamedia
Mardi 7 Septembre 2010



La scène sur la route Nouakchott – Nouadhibou est saisissante. D’abord, un bus couché sur le côté après  avoir été entraîné par les eaux ruisselantes et, un peu plus loin, un véhicule renversé complète cette scène inhabituelle dans ce nord Mauritanien où la situation crée par les pluies diluviennes de ces derniers jours vient augmenter les problèmes auxquels fait face le gouvernement en cet hivernage qui comptent parmi les plus pluvieux jamais connus dans le pays.

« Wad Chebka », célèbre pour ses ergs qui se perdent à longueur de vue et qui ont souvent constitué des aérodromes « naturels » pour les trafiquants de drogue, peut être considérée aujourd’hui comme une zone sinistrée, comme l’illustrent d’ailleurs très bien la présence de gendarmes venus constater, de visu, cette situation d’urgence sans pouvoir faire grand-chose, la destruction de maisons à « Chelkheit Lektouta » et la mort de bétail ainsi que le blocage désespérant de la route qui relie Nouakchott à Nouadhibou, capitale économique de la Mauritanie, au niveau des deux localités de « Chelkha » et de « Leghaicha », axe qui conduit vers les mines d’or de Tasiast. La route vers le précieux métal est complètement submergée par les eaux, malgré que le transport de l’or se fasse par voie aérienne, par le biais d’un petit avion qui se pose non loin de l’usine qui est cependant ravitaillé en produits de base par des camions en provenance du port autonome de Nouakchott. Autre blocage pour Tasiast dû à l’impraticabilité de la route, le ravitaillement en hydrocarbures, assuré depuis Nouadhibou par une société privée. La grande crainte de Tasiast Mauritanie est de voir cette situation avoir des répercussions notables sur la production en or de la société.

 

Mais le producteur d’or n’est pas l’unique opérateur économique qui souffre des désagréments causés par les pluies diluviennes qui se sont abattues sur les régions nord de la Mauritanie. Sur un axe où la circulation de véhicules de transport de personnes et de marchandises était généralement fluide, de longues files de camions venant du Maroc pour ravitailler le marché mauritanien en fruits et légumes sont bloqués, attendant l’espoir de pouvoir continuer leur chemin. D’autres vides, venant de Nouakchott, comptent leurs pertes au rythme du temps qui passe.

Des dizaines de citoyens sont devenus des sans-abris. Alors que certains ont renoué avec la vie sous la tente, d’autres vivent, malgré eux, en plein air, les arbres n’étant pas une spécificité naturelle de la zone.

Mohamed Ould Abdallahi, l’un de ces habitants, transportant entre les bras deux jumeaux, a déclaré à Sahara média que la situation ressemble au déluge, précisant que le souci de sauver ses deux enfants l’a empêché de limiter les dégâts matériels. Et l’homme d’ajouter que la zone n’a pas connu de telles pluies depuis 15 ans et que ce qui est nouveau, c’est qu’elles ont bloqué une route goudronnée empruntée quotidiennement par des centaines de voyageurs. Il dit cependant garder l’espoir d’une intervention rapide des autorités pour alléger les souffrances des victimes de cette catastrophe.

Les dizaines de passagers en provenance de Nouadhibou ne cachent pas leur désarroi de voir leur voyage qui devait durer cinq heures d’horloge s’étaler sur plus de vingt-quatre heures, sans eau ni nourritures, alors qu’ils jeunent et avant que le croissant rouge mauritanien n’intervienne.

Pour des mesures de sécurité, les gendarmes ont empêché toute tentative de franchissement de la zone sinistrée durant la nuit. L’interdiction a touché, de manière exclusive, les bus sommés d’attendre que le danger soit écarté pour pouvoir continuer leur chemin mais l’autorisation a été donnée aux petits véhicules de tenter une sortie, s’ils sont poussés à la main, moteurs éteints.

La société d’entretien routier (ENER) a essayé de parer au plus pressé, en tentant de réparer les parties endommagées de la route mais la force des eaux l’en a empêché. Les experts de la société pensent cependant que quelque chose pourrait être entrepris à partir de ce lundi, trois jours après le début de cette catastrophe naturelle.

Le wali de Nouadhibou, Mohamed Vall Ould Ahmed Youra, a déclaré à l’occasion que les sociétés qui avaient en charge la réalisation de la route Nouakchott-Nouadhibou n’avaient pas pris en considération la géographie de la zone, ce qui a « conduit à la situation que nous vivons aujourd’hui sur plusieurs parties de cette route », a-t-il ajouté.

Il a précisé que les autorités ont recensé 22 familles victimes des inondations à « Wad Chibka », 12 à « Chelkhet Lektouta », en sus de la mort de 19 têtes de bétail. Le wali a aussi évoqué les premières mesures prises pour venir en secours à ces victimes et qui ont consisté en l’envoi du Hakem de Nouadhibou et de gendarmes pour s’enquérir de la situation, recenser les victimes des inondations et fournir les premières aides par le biais du Croissant rouge mauritanien.















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