Sahara média accompagne une patrouille d’Ançar Eddine à l’intérieur de Tombouctou


saharamedia
Mercredi 11 Avril 2012



Sahara média accompagne une patrouille d’Ançar Eddine à l’intérieur de Tombouctou

 

Rien, à part le bruit des véhicules 4 X4 qui sillonnent les rues de la cité, ne perturbe vraiment le calme de la ville malienne de Tombouctou, deux semaines après son occupation par le mouvement « Ançar Eddine », d’obédience islamiste.
Des hommes portant barbes et turbans, avec des habits leur arrivant juste au niveau du genou, dispensent des leçons de théologie musulmane et recommandent aux femmes de porter des vêtements décents. Et alors que la plupart des femmes préfèrent rester confinées dans leurs maisons, des jeunes et des enfants sortent attirés par des scènes qu’ils n’ont jamais vues dans le passé.

Une patrouille d’Ançar Eddine, mouvement qui contrôle la plupart des quartiers de la ville de Tombouctou, se met en mouvement « pour appliquer des règles très strictes », déclarent un chef de terrain à Sahara média.
Le nouveau gouverneur de la ville compte appliquer un règlement juste, selon leur conception : « nous sommes venus pour purifier cette terre et appliquer la charia d’Allah », déclare l’un des combattants, le regard perdu vers les cieux.
La ville conserve son architecture traditionnelle ; la cité s’est livrée aux conquérants sans combats, ce qui l’a prémunie contre la destruction qui découle, généralement, de telles situations.
Les combattants d’Ançar Eddine, mouvance islamiste d’obédience salafiste, et ceux du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) ont réussi à contrôler la ville de Tombouctou sans avoir à combattre, l’armée malienne ayant choisi d’abandonner ses positions et alors que le gouvernement central a, lui aussi, perdu le contrôle du pays dont la superficie dépasse 1,3 millions de km2.
Les villes du nord Mali, notamment Gao et Tombouctou, sont maintenant sous le contrôle de mouvements islamistes  et de combattants touaregs qui, depuis leur entrée dans ces villes, ont commencé à organiser des patrouilles pour purifier les cités de ce qu’ils considèrent comme des agissements contraire à la loi et à la morale de l’Islam.
L’une des patrouilles rencontre des élèves soufistes à la recherche de leur maître. D’aucuns ont été traumatisés par ce changement brusque dans leur mode de vie, d’autres ont choisi de se livrer aux nouvelles autorités. Un chef de guerre, arabe malien, entre en discussion avec les élèves à la recherche de leur maître et, avec un bon français, arrive à les convaincre que personne ne se trouve dans les prisons de l’Emirat. « Nous avons libéré tout le monde et, depuis, personne n’a été arrêté », précise-t-il. Mais les élèves laissent croire tout de même que leur cheikh pourrait avoir choisi la réclusion quelque part, alors que le chef de guerre d’Ançar Eddine rétorque que c’est le maître qui refuse de sortir ! Et le chef de poursuivre : « malgré que nos points de vue divergent, nous ne tenons pas à les emprisonner ».
Certains éléments du mouvement patrouillent sur les lieux publics et demandent toutefois la permission pour entrer dans les domiciles. Ils distribuent eau et nourriture, contenues dans des camions, sur les habitants des quartiers pauvres de la ville. « Les fonctionnaires, malgré leur nombre réduit et la modicité de leurs salaires, ne perçoivent plus rien depuis que les mécanismes de l’Etat central se sont arrêtés », déclare un instituteur malien. Certains citoyens ont quitté la ville et ont préféré s’installer à quelques kilomètres plus loin, alors que d’autres, notamment les Noirs sont retournés à Bamako.
Le mouvement Ançar Eddine travaille, en collaboration avec le MNLA à organiser la vie dans les villes maintenant sous leur contrôle, et ce malgré les pressions subies par ce dernier et l’accusation de complicité avec des organisations « terroristes ». Mais les Touaregs restent indifférents à de telles allégations et ne pensent qu’à coordonner avec leurs alliés d’Ançar Eddine. « C’est une alliance rendue nécessaire par les circonstances du terrain », commente un observateur.
Nous passons en compagnie d’une patrouille à côté de l’hôpital où la situation parait normale.  Les gens se soignent comme d’habitude et les médicaments paraissent disponibles en quantités suffisantes. « Les saccages dont on a parlé ont été le fait de milices arabes qui ont pris la fuite avant notre arrivée », explique le chef accompagnateur.
Nous arrivons ensuite dans un marché où les combattants se mettent à casser des statuts en argile et en bois sculpté. Et tout en louant Allah, ils annoncent l’entrée effective de l’application de sa Loi sur terre.
Et avec la nuit qui tombe, la ville est couverte d’ombre mais cela n’empêche nullement les combattants d’Ançar Eddine de continuer à détruire les débits de boissons alcoolisées et les lieux de débauche s’aidant de la lumière des lampes torche, des voitures et des motos.
Dans un vieux marché de Tombouctou, les  combattants découvrent des stocks d’alcool mise dans des bouteilles de coca cola mais cela n’aide pas à la camoufler. Les caisses sont détruites au rythme des « Allahou akbar » (Dieu est grand) lancés par les combattants et devant des citoyens médusés n’ayant jamais vécus de telles scènes. Ainsi, Tombouctou est devenu une partie de cet Emirat que les « dijahistes » d’Ançar Eddine cherchent à édifier dans ce nord Mali dont l’autorité est à reconstruire.

 















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