Sahara média revit avec les commerçants mauritaniens au Mali les évènements de Bamako


saharamedia
Jeudi 12 Avril 2012



Sahara média revit avec les commerçants mauritaniens au Mali les évènements de Bamako

Dans une boutique de Bamako, capitale du Mali, Edawe prend place au milieu d’un groupes de commerçants mauritaniens se remémorant les « évènements » que la ville a connus au cours des deux derniers mois.
Leur confiance et les louanges qu’ils adressaient au peuple malien ne laissaient transparaître aucune crainte sur une éventuelle détérioration des relations entre les deux peuples.

Moustapha Ould Ahmed Taleb – ou Edawa, comme on l’appelle ici au marché – indique travailler à Bamako depuis huit ans et dit être un témoin oculaire des derniers évènements vécus par la capitale malienne ; étant l’un des rares à avoir choisi de rester, malgré l’insistance des parents, amis et connaissances pour rentrer.
Au moment où lui et quelques commerçants mauritaniens avaient misé sur « la fraternité et la bonté des Maliens » pour rester, bon nombre de leurs compatriotes avaient fermé leurs commerces au marché Bagdad, appelé communément ici « Bagdadji ».
Moustapha Ould Ahmed Taleb, 42 ans, est formel, quand il déclare que les Maliens « sont tolérants et ne font pas preuve d’hostilité envers leurs voisins Mauritaniens », précisant qu’au premier jour des évènements, soit le 2 février, des femmes de soldats partis au front avaient organisé une marche vers l’Assemblée nationale, proche des commerces mauritaniens mais que ces derniers n’ont pas été inquiétés ».
Edawe poursuit en disant : Les seuls cas d’attaques contre nos commerces signalés ce jour là ne sont pas le fait des manifestants mais de voleurs connus dans le marché et qui ont profité de la situation. » Il poursuit en disant que les habitants du quartier les ont même défendu et ont transporté à l’hôpital un commerçant mauritanien blessé. Puis il ajoute : « oui, le commerce d’un mauritanien a été pillé par les habitants mais quand on a mené notre enquête, nous avons découvert qu’il a trop souvent tenu des propos comme quoi il a un penchant pour la rébellion armée, ce qui sans doute a été interprété comme une provocation. »

 


Après le coup d’état


Le 22 mars, des officiers subalternes se sont emparés du pouvoir à Bamako et ont annoncé la suspension de la Constitution, ce qui a suscité  des saccages limités dans certains quartiers de la capitale avec la participation d’éléments de l’armée revenant du front. Ould Ahmed Taleb se rappelle que ce jour-là, il roulait dans l’une des rues du centre-ville avec deux de ses proches quand ils furent arrêtés par des soldats apparemment très remontés, pointant leurs armes contre nous et nous traitant de mots qui avaient jeté en nous un certain effroi.  Il dit être descendu de la voiture, avoir indiqué aux soldats être des mauritaniens, mais sans que cela fasse cesser les menaces. « Puis, un officier examine nos identités, poursuit Ould Ahmed Taleb, intima aux autres de nous laisser partir et même nous accompagna, avec un véhicule militaire, jusqu’à notre sortie du centre-ville », déclare Ould Ahmed Taleb.
Les histoires racontées par des mauritaniens qui n’ont pas quitté la capitale malienne lors des évènements sont nombreuses et variées. La plus célèbre – et sans doute la plus cocasse aussi – est celle, raconte Mohamed Ould M’Bareck (23 ans) d’un commerçant mauritanien qui, aux environs de minuit, et alors qu’’il s’apprêtait à fermer boutique, se voit apostropher par des soldats revenant du front et demandant son aide ! Les soldats savaient très bien que le commerçant était mauritanien ; ils pouvaient saccager son commerce, comme ils l’avaient fait pour des bâtiments administratifs, mais ils se sont ressaisis. Il leur donna des boissons et un peu d’argent pour acheter de la nourriture. Ils le remercièrent et poursuivirent leur chemin.


La crainte de la politique


« Tout ce qu’on veut c’est que les autorités mauritaniennes tiennent compte de notre présence ici et n’agit pas de manière inconsidérée de sorte que cela porte préjudice à nos vies et à nos biens. » Ainsi s’exprime M’baba Ould Mhameid, la trentaine, pour évoquer la crainte de la politique présente chez la plupart des mauritaniens vivant au Mali et ayant choisi de ne pas quitter ce pays lors du déclenchement du conflit entre le nord et le sud et du coup d’Etat qui a mis fin au pouvoir d’Amadou Toumani Touré.
Eddawe partage le même avis, en déclarant : « ce que nous voulons, c’est que les autorités de Nouakchott comprennent qu’une très forte colonie mauritanienne vit ici au Mali et dans d’autres pays de la sous région et partant, que ses positions politiques soient fondées par ses intérêts et celui de ses ressortissants ». Et d’ajouter : « oui, les hommes politiques ont leurs intérêts et leurs calculs propres mais ils doivent aussi tenir compte de ceux du peuple, notamment de leurs ressortissants à l’étranger ».
Ils affirment que la colonie mauritanienne est la plus importante à l’étranger, citant des statistiques de 2004 qui parlent de quelque 400.000 mauritaniens présents dans les coins et recoins du Mali.















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