Sénégal : Saint- Louis, 350 ans et toujours séduisante


saharamedia
Samedi 7 Août 2010



Sénégal : Saint- Louis, 350 ans et toujours séduisante

À son arrivée à Saint-Louis, l'ancienne capitale sénégalaise, le nouveau venu est saisi d'une sensation de bien-être. Il s'emplit les poumons d'air pur. Il fait si bon, presque frais. Loin de la touffeur d'autres grandes villes du continent. “Les Français n'avaient pas choisi par hasard d'y installer la capitale de l'Afrique occidentale”, m'explique Hassan, un étudiant. Saint- Louis est construite sur une presqu'île. D'un côté l'océan Atlantique, dont les vagues gagnent chaque année en audace. De l'autre, le fleuve Sénégal, au-delà duquel on aperçoit la Mauritanie et son désert. Du coup, le vent souffle presque en permanence dans l'ex-capitale de l'Afrique occidentale française. La lumière du fleuve est si belle. Mêlée à celle de l'océan, elle donne à Saint-Louis un éclat singulier.

La ville vient de fêter ses 350 ans. Elle réclame le titre de plus ancienne cité fondée par les Européens sur le continent noir. “Notre ville a été tour à tour hollandaise, anglaise et française, avant de devenir sénégalaise. Nous avons une identité métisse”, m'explique Alain, un descendant de la bourgeoisie métisse, restée très influente dans la ville.

Saint-Louis conserve des atours très européens. La cité est un régal pour les amateurs de balades. Sur l'île, les voitures sont rares. Des charrettes à cheval y tiennent le haut du pavé. Bien souvent, les devantures des boutiques n'ont guère changé depuis les années 1950.

Les épiceries, les pharmacies et les librairies semblent tout droit sorties de la France de l'entre-deux-guerres, ou de "Coup de lune" ou "L'aîné des Ferchaux", "romans africains" de Simenon. À la nuit tombée, on a l'impression d'errer au milieu de décors de cinéma.Coup de torchon, de Bertrand Tavernier, a d'ailleurs été tourné au coeur de cette “île mystérieuse”.

L'accent mis sur la nostalgie n'est pas qu'une tentative pour séduire les visiteurs de passage. Les Saint-Louisiens sont, eux aussi, tournés vers le passé. Celui d'une cité qui était tout à la fois la capitale de la France en Afrique occidentale et celle de la Mauritanie et du Sénégal. Les Mauritaniens regrettent souvent d'avoir perdu leur capitale. “C'est là que nous venons nous changer les idées”, m'explique Isselmouh, habitant de Nouakchott, qui a grandi au Sénégal et avoue sa nostalgie de Saint-Louis, cité “réputée pour la beauté de ses femmes et la qualité de ses tables”.

Située à l'embouchure du fleuve Sénégal et construite en partie sur une île, la ville vit sur l'eau.

Certes, la ville a perdu de son lustre. Mais l'immense palais du gouverneur, qui trône dans le centre de l'île, témoigne de cette grandeur passée. Alors que la nuit tombe sur Saint-Louis, les bords du fleuve s'animent. Des bars et des restaurants sur pilotis offrent le rare privilège d'observer les changements de couleurs des eaux agitées. D'écouter les clameurs de la ville, le chant du muezzin, venu de l'autre côté du fleuve, de la ville nouvelle. Les vocalises de Youssou N'dour, le mbalax sénégalais, nous parviennent de Dieu sait où.

Les Sénégalais aiment venir reprendre leur souffle à Saint-Louis. À l'occasion de ses 350 ans, la ville se refait doucement une beauté. Le nouveau maire a décidé qu'il était temps de procéder à un lifting. Le ravalement des façades anciennes s'accélère. Autre chantier : le pont Faidherbe. Bel ouvrage, mangé par la rouille, il est en cours de rénovation. Malgré son âge avancé, la belle sort de sa torpeur et défie ses rivales plus jeunes. Comme si sa nonchalance assumée pouvait la protéger des maléfices du temps qui passe.

Auteur: Pierre Cherruau - Le Monde

 















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