Sénégal : comment Wade veut se poser en médiateur international


saharamedia
Jeudi 20 Mai 2010



Sénégal : comment Wade veut se poser en médiateur international

 

Le Sénégal s’est rapproché de l’Iran, tout en assurant Washington de sa fidélité, un grand écart diplomatique critiqué par ses détracteurs. Abdoulaye Wade qui assure avoir joué un rôle dans la libération par l’Iran de la Française Clotilde Reiss, a multiplié les médiations internationales avec l’ambition de se forger une stature de «sage» de l’Afrique. Mais ses détracteurs critiquent un activisme brouillon, des interventions très médiatisées mais rarement efficaces et des relations étroites avec des pays mis au ban de la communauté internationale, comme l’Iran. Ces dernières années, le président Abdoulaye Wade, 84 ans, au pouvoir depuis 2000, est intervenu dans le conflit du Darfour, dans la crise malgache, a tenté de rapprocher les régimes de Khartoum et N’Djamena, et de rompre l’isolement du Zimbabwe de Robert Mugabe. Sa plus belle réussite, à ce jour, est d’avoir convaincu l’opposition mauritanienne de participer à l’élection présidentielle de juillet 2009, remportée haut la main par Mohamed Ould Adel Aziz au terme d’un scrutin vivement dénoncé par ses opposants qui ont ensuite crié à la fraude. Par contre, en Côte d’Ivoire comme en Guinée, le président sénégalais s’est fait «doubler» par son homologue burkinabè, Blaise Compaoré, «grand médiateur en chef» de l’Afrique de l’Ouest francophone. Président en exercice de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), M. Wade avait même entamé en 2008 une médiation entre Israéliens et Palestiniens et affirmé avoir joué un rôle dans la libération d’Ingrid Betancourt, détenue plus de 6 ans en Colombie et libéré, en 2008. Si le rôle revendiqué par le Sénégal dans la libération de Clotide Reiss est confirmé, tant à Paris qu’à Téhéran, il s’agirait pour le président Wade de son plus grand succès diplomatique sur la scène internationale. Ancienne colonie française indépendante depuis 1960, le Sénégal s’est grandement rapproché ces dernières années de l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad, tant sur plan politique qu’économique, tout en assurant Washington de sa fidélité, un «grand écart» diplomatique critiqué par ses détracteurs. Dakar met tour à tour en avant sa position de pays du «Sud», à 95% musulman, africain mais aussi d’une démocratie stable ayant ses entrées à l’Elysée et soutenue par les Etats-Unis et l’UE. Dans un communiqué officiel samedi soir, le président Wade revendique un rôle essentiel dans la libération de Clotilde Reiss, citant plusieurs entrevues datées entre officiels sénégalais et le secrétaire général de la présidence française Claude Guéant. Ainsi, le 26 mars, «la médiation du président Wade est à nouveau sollicitée et un feu vert est donné au Sénégal pour relancer les contacts avec l’Iran» à la suite d’une rencontre à l’Elysée entre M. Guéant et Karim Wade, ministre des Transports et fils du chef de l’Etat sénégalais, selon le texte. Le communiqué ajoute ensuite que «du 29 mars au 1er avril 2010, le ministre Karim Wade est dépêché à Téhéran en compagnie de l’avocat Robert Bourgi», issu d’une famille d’origine libanaise installée à Dakar. Décoré de la Légion d’honneur en 2007 par Sarkozy, M. Bourgi s’est longtemps présenté comme l’émissaire officieux du chef de l’Etat français auprès de ses amis chefs d’Etat africains et est considéré par de nombreux observateurs comme un des piliers de la Françafrique. Quant à Karim Wade très discret sur la scène politique intérieure sénégalaise, il fait preuve d’un grand activisme à l’international pour attirer de nouveaux investisseurs, arabes et chinois notamment. Ses opposants l’accusent de vouloir succéder à son père à la présidence.

Christophe Parayre (AFP)

 

 















GABONEWS APAnews