Sommet Union Africaine : les ambiguïtés de la politique africaine de la Mauritanie


saharamedia
Samedi 24 Juillet 2010



Le premier ministre mauritanien Mohammed Ould Laghdaf représentera son pays à la 15éme conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Africaine du 25 au 27 juillet prochain à Kampala en Ouganda. Les participants occulteront à juste raison les crises politiques dans les pays de l’Union comme les crises malgache, guinéenne ou nigérienne pour se consacrer entièrement à la problématique de la santé maternelle, néo-natale et infantile et le développement en Afrique. Les observateurs s’interrogent cependant sur l’absence répétée de Ould Aziz à plusieurs rendez-vous et y voient d’un mauvais œil synonyme d’une diplomatie orientée plus  vers les pays arabes. A l’évidence, il suffit de jeter un coup d’œil sur le nombre de capitales arabes visitées par la nouvelle ministre des affaires étrangères Naha Mint Hamdi Ould Mouknass depuis sa nomination et le soutien inconditionnel de Ould Aziz à Omar El Béchir. C’est un secret de polichinelle. la Mauritanie accuse un retard considérable en matière de réduction de la mortalité infantile et de l’amélioration de la santé maternelle. En effet, beaucoup de femmes continuent de mourir tous les jours surtout dans les zones défavorisées des suites de grossesses ou d’accouchements et pourtant il existe des connaissances et des moyens pour les sauver. Pas étonnant que le pays soit classé depuis des décennies  pratiquement derrière ses voisins du Maghreb voire la sous-région ouest africaine. Le sommet de Kampala vient donc à point nommé pour permettre aux pays notamment retardataires de rattraper le train en marche pour mieux préparer les objectifs du millénaire pour le développement. Hormis l’aspect symbolique, la présence des chefs d’Etat  est un marqueur positif dans le processus d’intégration régionale. Au delà à partager cette expérience  visiblement cette troisième absence  de Ould Aziz à côté de ses pairs est mal comprise par les observateurs qui y voient un déficit chronique de l’expression  politique du président mauritanien sur le plan national et  un flou qu’il laisse planer autour de sa diplomatie africaine en particulier quand il s’agit  de soutenir le président Omar El Béchir visé par un mandat d’arrêt de la cour  pénale internationale pour crime de guerre et crime contre l’humanité au Darfour en le recevant à Nouakchott d’une part et d’autre part en assistant personnellement le 27 octobre dernier à la prestation de serment du chef de l’Etat soudanais à l’occasion de sa réélection. D’ailleurs, cette 15éme conférence a failli encore divisé l’Union à cause des tergiversations diplomatiques ougandaises relatives à l’invitation du «  fugitif »soudanais , soutenu par la plupart des pays membres dont la Mauritanie qui ne veulent pas coopérer avec la justice internationale , prise de position fustigée par les organisations internationales des droits de l’homme . Mais cette solidarité avec Khartoum justifie t-il   autant que Ould Aziz se débine à chaque sommet africain? C’est l’arbre qui cache la forêt .La Mauritanie à l’instar de 35 pays du continent sur 53 n’a pas toujours ratifié la convention  unique de l’UA sur les déplacés internes, rapatriés et réfugiés, votée en octobre dernier dans la capitale ougandaise à l’occasion d’un sommet spécial auquel le président mauritanien n’a pas participé et d’ailleurs boudé par la plupart des chefs d’Etat africain. On devine mal  que Nouakchott joue plus vite que les violons car tout membre signataire a obligation de poursuivre pénalement des personnes qui commettent des violations graves du droit international. Et l’on comprends mieux l’une des raisons au moins du retard du règlement du passif humanitaire et  son dommage collatéral, la réconciliation nationale. Comment ne pas s’interroger sur l’exil doré de Ould Taya au Qatar et le silence qui entoure son impunité pour les crimes commis durant son règne ? Et comble de paradoxe, parallèlement à cette politique de fuite en avant, le locataire de la Maison brune  à seulement une année de son quinquennat se presse pour assister aux cérémonies du 14 juillet à Paris en y envoyant défiler une unité de son armée  et quelque temps auparavant en répondant présent à Nice pour le sommet France-Afrique . Deux poids deux mesures dont l’explication réside dans le fait que le président des « pauvres » a choisi son camp pour financer son programme de lutte contre la pauvreté et l’insécurité. Le soutien de l’Union européenne , des pays arabes et musulmans à la dernière réunion de Bruxelles  avec les bailleurs de fonds est très significatif. Ce  saupoudrage  de la politique africaine de Ould Aziz trouve son prolongement dans la création même d’un département aux Affaires Africaines  rattaché à la primature dont les prérogatives ne sont toujours pas bien définies et confié à Coumba Bâ qui fera son premier baptême de feu à Kampala. D’aucuns y voient une mainmise du chef du gouvernement pour faire passer  à dose homéopathique ses réformes y compris celles relatives à l’arabisation dans l’administration. C’est incontestable, la volonté politique d’intégration sous-régionale de la Mauritanie ne souffre d’aucun complexe au niveau du CILSS( Comité inter Etat de lutte contre la sécheresse au Sahel),  de la CEAO( Communauté Economique de l’Afrique de l’Ouest) mais inexistante au niveau de la CEDEAO( Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest) à cause de sa sortie en 2002 .Cependant elle est cahin-caha au niveau de l’OMVS( Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal) que les évènements de 89 entre le Sénégal et la Mauritanie ont failli capoter. D’Ould Daddah à Ould Aziz, rien n’a changé fondamentalement depuis le virage pris par la Mauritanie en adhérant à la ligue arabe en 1973. Les différents locataires du palais de Nouakchott n’ont jamais caché leur préférence au monde arabe. Il est temps que la diplomatie mauritanienne sorte du vieux clivage entre pro-arabes et pro-africains pour abonder dans le sens des intérêts de tous les mauritaniens condition sine qua non d’une Mauritanie Nouvelle unie et débarrassée de tous les préjugés , capable de s’adapter aux évolutions de la société mauritanienne et du monde pourquoi pas s’imposer un jour dans la sous région.

Yaya KANE

 















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