Sommet de Nice: entre forte participation et bonnes intentions


saharamedia
Jeudi 10 Juin 2010



Sommet de Nice: entre forte participation et bonnes intentions

Les lampions se sont éteints, le mardi 1er juin, sur le  sommet Afrique/France de Nice (ville du sud de l’Hexagone), 25ème du genre. La rencontre, initiée depuis plusieurs décennies, était un baptême de feu, pour le président Nicolas Sarkozy, élu en 2007. Elle aura connu une forte participation – en fait, une véritable ruée – avec la présence de plus de trente chefs d’Etat africains: le sud-africain, Jacob Zuma, l’égyptien Hosni Moubarak, l’algérien Abdel Aziz Boutiflika, le nigérian, Good Look Jonathan, et tous les autres Ould Abdel Aziz, Wade, ATT, etc. Bien plus que le dernier sommet des chefs d’Etat de l’Union Africaine (UA), qui réunit, en tout et pour tout, 25 présidents. Succès éclatant, donc, au niveau de la participation, avec la présence de tous les poids lourds politiques et économiques.

Pas officiellement invitées, comme a tenu le faire savoir, discrètement mais fermement le quai d’Orsay, les épouses des princes qui nous gouvernent étaient, tout de même, de la partie mais à la charge effective du contribuable de leur pays respectif. Présence logique des premières dames, puisque, derrière la réussite de ces hommes, se tient, forcément, l’ombre discrète  de leur douce moitié ou dure double, en certains cas.

Notre voisin et vieux cousin Abdoulaye s’est même déplacé en véritable Samba Linguère, à l’image de ces hommes à la «générosité légendaire», avec sept ministres et deux avions affrétés, un pour papa et un autre pour fiston Karim Meissa Wade, super ministre d’Etat. D’où la remarque d’un confrère sénégalais relevant que l’argent «ne sort pas de la poche du vieux».

Dans cette zone du sud de la France, qui compte le plus fort contingent de palaces au mètre carré, véritables mythes, dignes de la légende des milles et une nuits et insolences envers la misère des peuples africains, certains, parmi ces «hauts d’en haut» pensaient, même, installer leur quartier à Cannes ou Monaco. Mais, là encore, les hôtes ont trouvé un argument en béton armé – la sacro-sainte sécurité – pour que tout le monde reste concentré à Nice, tout près de la célèbre promenade des Anglais.

Pour le fond, Nice 2010, qui coïncidait avec le cinquantenaire de l’indépendance de dix-sept anciennes colonies françaises d’Afrique, a été marquée une «volonté de rupture», selon le discours de Sarkozy. Une formule exprimée d’entrée, maintenue  tout au long du déroulement de la grande messe et fortement réitérée, à la fin, pour que nul ne l’ignore. Le jargon et tous les mots choisis  par le premier magistrat de France ne renvoient pas à cette seule idée. Relation de partenariat décomplexé, réforme, modernisation, rénovation, etc. Les propos sortant de la bouche d’un homme aussi dynamique, voire survolté, à l’énergie débordante, voire envahissante, nous autorisent à croire que le turbo du changement, dans la vieille et parfois «incestueuse» relation France/Afrique est lancé. Que rien ne sera plus comme avant. Idée confortée par la présence de plusieurs chefs africains non issus du «pré carré traditionnel» et fortement jaloux de l’indépendance de leur pays respectif.

Une nouvelle  place pour  l’Afrique, dans la gouvernance mondiale; la sécurité, avec la lutte contre le terrorisme et contre tous les trafics; la lancinante  question des changements climatiques; un nouveau partenariat économique accordant plus de place aux entreprises privées: on est cœur du débat et de tous les enjeux, pour une Afrique qui suffoque et étouffe, dans un monde en crise.

La place dans le monde et la sécurité

Le problème de la place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale, dont l’expression réelle serait plutôt à situer en terme «d’absence», est parfaitement illustré par la répartition des sièges permanents du conseil de sécurité des Nations Unies: Etats-Unis, Russie, Chine Populaire, France, Grande-Bretagne. Aucun pays dits émergeants, aucun membre africain. Une injustice qui prend sa source à la fin de la deuxième guerre mondiale. On est toujours dans la répartition colonialiste de l’époque. La France promet, fermement, son soutien à l’Afrique, pour réparer cette anomalie. Quel le degré de sincérité de cet engagement, au-delà des formules savantes et convenues? Et quand bien même Paris serait convaincue de la nécessité de la présence de l’Afrique, dans le cénacle restreint des grands de ce monde, de quels moyens de pression dispose-t-elle pour faire admettre ce point de vue, à des puissances qui ne sont guère prêtes à céder la moindre parcelle de leur domination?

En plus, les africains qui se chamaillent sur des querelles de leadership, chacun pays tenant à occuper le ou l’un des hypothétiques sièges permanents, avec le fameux  droit de veto accordé au continent noir. Travail au forceps, empoignades et bousculades,  qui ne laissent plus de  place à la pourtant nécessaire solidarité, avec le risque évident d’accentuer l’œuvre maléfique de la balkanisation, léguée par  la colonisation.

Au plan de la sécurité, voici l’engagement du président Sarkozy à aider l’Afrique, dans la lutte contre le terrorisme, la piraterie et divers trafics. Promesse d’une enveloppe de 3OO millions d’euros, pour la période 2010-2012, et de la formation de 12.OOO soldats, afin d’enrayer les pratiques qui prospèrent, particulièrement, dans l’espace saharo-sahélien, avec la nébuleuse Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI), le trafic international de drogue, qui a pris ses quartiers, non seulement en Afrique de l’Ouest mais, aussi, un peu partout sur le continent.  Sans compter le grand banditisme de la piraterie maritime, au large des côtes somaliennes.

Sur le plan économique, le financement des entreprises africaines, la formation professionnelle pour le développement des ressources humaines et les sources d’énergie d’avenir, ont été au centre des préoccupations, notamment lors de cinq ateliers réunissant les ministres à compétences économiques et opérateurs privés des deux parties.

Au-delà des effets d’annonce?

Cependant la question de fond concerne la traduction des bonnes intentions dans la réalité. Car de nombreux observateurs relèvent que le président Sarkozy use, à fond, du discours rénovateur, tout en ne se donnant pas les moyens de fonder les conditions d’un véritable changement. En somme, il tente de faire du «neuf» avec la très ancienne sauce de la Françafrique (à fric).

Dans un article paru au cours des derniers jours, notre confrère de l’Express démontrait la grande contradiction entre la rhétorique et les faits, avec la présence, encore et toujours, forte et visible, des réseaux (Bourgi, Guéant, Balkani, etc.), ces émissaires «enclins, depuis des lustres, à privilégier la magie frelatée des liens personnels», au détriment des rapports d’intérêt d’Etat à Etat.

Dans la gestion de la crise politique et institutionnelle qu’a connue la Mauritanie, en 2008 et 2009, un fait aura, tout particulièrement, frappé les esprits. Le grand  décalage entre la condamnation, ferme, du quai d’Orsay, rejetant le coup d’Etat et le soutien, actif, des réseaux favorables à «rectification». D’où une véritable cacophonie, entre la diplomatie officielle et le travail parallèle «officieux».

Au final, la France ne peut, pourtant plus, agir en Afrique comme auparavant. Incontestablement, il y a nouvelle donne, avec l’arrivée des pays émergents: Chine, Inde, Brésil, Iran, etc.; et leurs dynamiques entreprises. Le chantage du genre: «faites comme on demande ou l’on retire nos capitaux»; ne peut plus prospérer. Intelligent, le président Nicolas Sarkozy a compris cette évolution, entendant aider à la reconquête du terrain perdu et au repositionnement des entreprises de l’Hexagone. C’est de bonne guerre et, même, parfaitement légitime. Aux africains de saisir les opportunités de cette situation et de négocier un nouveau rôle, dans un partenariat rénové et «décomplexé». Dans cette perspective et en dépit de ses nombreuses faiblesses, notre continent dispose de réels atouts.

Amadou Seck,

Source : Calame du mardi 8 juin 2010















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