Une marche des Hratines a eu lieu…


Saharamedias/Nouakchott
Jeudi 1 Mai 2014


La marche pour les droits politiques, économiques et sociaux des hratines, a eu lieu, hier après-midi, le 29 avril 2014, à Nouakchott. Depuis déjà quelques jours, la scène publique est captée par cet événement.


Une marche des Hratines a eu lieu…
Sur la toile, les réseaux sociaux, des milliers de mauritaniens, toutes communautés confondues, s’excitent, en déclarant publiquement leur adhésion à la dé-marche, et donc prêts à y prendre part. Au moins deux leaders issus de la communauté Haratine, Messaoud Ould Boulkeïr et Birame Ould Dah, n’y participent pas.
« Le jour, où les hratines sortiront dans les rues. » C’est une phrase, qui séjourne, peut-être, dans bien des esprits maures. Ce jour-là est arrivé, hier. Mais, peut-être, pas la marche telle que fantasmée par d’aucuns depuis bien des années. Pas de règlements de comptes. Ni appels vindicatifs.
Pas d’une approche à la Birame. Mais, aussi, pas de celle de Messaoud. Une troisième voie. Une nouvelle génération. D’autres préoccupations. Une marche des Hratines a eu lieu.
La marche pour les droits politiques, économiques et sociaux de la frange des hratines a choisi la journée du 29 avril, pour marquer la publication du manifeste plaidoyer en faveur d’un nouveau statut et de nouvelles conditions pour les anciens esclaves.
Il y a un an, un groupe des cadres de la frange des Hratines a rendu public un manifeste qui, dans son ensemble, tire la sonnette d’alarme et propose une discrimination positive à l’égard des descendants des anciens esclaves, vivant en marge de toutes les politiques de développement du pays. Un poids démographique, une force humaine, une énergie, mais vivant dans l’ignorance et le dénuement.
Le manifeste, qui est un peu le produit d’une réflexion soutenue, prise en charge par un groupe d’intellectuel hratine, a vu le jour, en janvier 2013. Un peu plus d’un an. Ce groupe a été épaulé par d’anciens hauts dignitaires du régime, de tous les régimes, ou presque qu’a connus le pays. On note la présence plus que symbolique de l’ancien diplomate et homme de culture Mohamed Saïd Ould Hommody, le très remarquable homme clé de la véritable et unique, peut-être, transition 2005-2007, Habib Ould Hemmet.
Il y a aussi des personnalités comme Breïka Ould Mbareck, l’homme fort de l’époque Mohamed Khouna Ould Haïdalla. Tout comme, il y a des hommes plus contemporains à la rectification du général Ould Abdel Aziz, dont Ahmed Ould Khattry. Mais, il y a aussi et surtout beaucoup de jeunes, moins marqués politiquement. Qui n’ont jamais eu à occuper une charge publique significative.
La mobilisation a été très forte. Messaoud Ould Boulkheïr, le leader historique et charismatique des hratines, président de l’APP, a déclaré qu’il ne prenait pas part, ni son parti, ni lui, à cette marche. A l’APP, toute question communautaire doit se négocier au sein d’un cadre institutionnel, peut-être. Birame Ould Dah Ould Abeïd, président de l’IRA, candidat à l’élection présidentielle, le nouveau pourfendeur de l’ordre esclavagiste ne fait pas trop confiance aux marcheurs du 29 avril. C’est une action dilatoire, pour saper le discours de l’IRA et cantonner son action dans la sphère raciste et extrémiste.
Le pouvoir observe, avec un intérêt prudent, la préparation de cette marche. Entre temps, Mohamed Ould Abdel Aziz, comme par réaction, accorde des entrevues à des mouvements non reconnus, des autres communautés noires du pays. Et dont, certains était mal vus par le pouvoir jusqu’ici. Touche Pas à Ma Nationalité, Covire, les représentants de la communauté Wolof. Toutes ses entrevues ont été rendues publiques par le biais des médias officiels.
Tous les partis de l’opposition démocratique, la COD, surtout, et le FNUD, ont salué la tenue de cette marche et ont appelé leurs sympathisants à marcher aux côtés de hratines.
Il y a un an, le manifeste, dont on a commémoré, hier, l’anniversaire, a été rendu public, en grande pompe, à l’ancienne maison des jeunes. Qu’ont-ils faits, les initiateurs, entre temps ? Rien ! Hier, ils ont fêté l’anniversaire de ce manifeste. Mais, vont-ils encore attendre l’année prochaine, pour fêter le second anniversaire de ce manifeste ? Ou bien vont-ils créer un cadre à même de faire pression sur le pouvoir pour intégrer les propositions du manifeste dans les politiques sectorielles du gouvernement.
Pour le pouvoir, la question des hratines a été bien prise en charge, à travers la criminalisation des pratiques de l’esclavage, la mise sur pied d’une institution ‘’ TADAMOUNE’’, dont l’action serait entièrement centrée sur les laissés pour compte de cette frange. Le gouvernement a même essayé de dissuader les initiateurs de la marche.
Mohamed Ould Boïlil, président de l’Assemblée Nationale, un hartani, Fatimettou Habib, ministre haratine, et Mohamedou Ould Tijani, également haratine SG de ministère, étaient chargés de discuter avec les marcheurs, en les rassurant de la volonté de l’exécutif de prendre en charge leurs doléances. Discussions vaines. Les marcheurs sont décidés.
Il s’agit, en somme, d’une nouvelle génération. Porteuse de nouvelles idées. Celles de l’époque, pas la lutte contre l’esclavage, qui, pour elle, serait bien révolue, objet déjà d’une batterie de mesures juridiques et autres mécanismes dissuasifs, mais l’heure est à la prise en charge et d’une manière ‘’sérieuse’’ des enfants des anciens esclaves.
Une discrimination positive plus poussée. Un système plus égalitaire. Une économie tournée vers cette frange. Qui devra, voir parmi elle, pourquoi pas, des hommes d’affaires, des banquiers, des industriels. Un système éducatif plus conscient des écarts et retards dont souffrent les enfants hratines. Une présence dans tous les secteurs publics de la grande administration, la Justice, l’Armée, les Institutions Economiques…
En tout cas, les initiateurs de cette marche ont un dénominateur commun. Tous, ou presque, sont en rupture avec l’administration publique, ou ne sont pas marqués, en partie, du côté du pouvoir. Pas des opposants notoires, tout de même. Les hratines du pouvoir sont, il faut le signaler, contre la démarche. Et seraient bien satisfaits des démarches entreprises par les pouvoirs publics envers cette frange.
Pour Boidiel et Messaoud, il n’y a pas, peut-être, un racisme d’Etat prononcé ! Une injustice sévit, certes, mais elle n’est pas orientée que vers cette frange. Pour Biram, l’Etat est esclavagiste et protège les maîtres esclavagistes et les anciens maîtres. Trois visions. Laquelle finira par dominer ? Les années à venir nous diront un peu plus.
Source : Biladi














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