Une vingtaine de présumés terroristes devant la Cour criminelle


saharamedia
Mercredi 19 Mai 2010



Une vingtaine de présumés terroristes devant la Cour criminelle

Premier verdict

La Cour criminelle du tribunal de Nouakchott a entamé, le dimanche 16 mai dernier, ses assises au cours desquelles font face à leurs juges, professionnels et de circonstance, une vingtaine d’individus accusés d’activités terroristes.

Annoncé après de multiples protestations des familles des détenus et du collectif des avocats de la défense, dénonçant  la «trop longue» détention préventive consécutive aux «lenteurs» dans la procédure d’instruction, le procès a débuté avec toutes les précautions sécuritaires exigées par le contexte, notamment un fort déploiement des unités de police antiémeutes, donnant, au palais de Justice, l’image d’une véritable citadelle en état de siège.


Du coup, quelques incidents, à l’entrée en salle d’audience. Greffiers et avocats, ces précieux et même irremplaçables auxiliaires de justice, refusant le principe, jugé «humiliant», de la fouille au corps. Mais, patron de la police de l’audience, le président de la  Cour criminelle a su trouver, intelligemment, le bon mixage entre le respect des consignes de sécurité  et la nécessité de préserver la dignité des acteurs du procès. Les débats pouvaient, alors, commencer, pied au plancher, avec les premières comparutions.

Défilent, pour l’interrogatoire à la barre, neuf individus dont le chef présumé  est un jeune homme du nom d’Abdallahi Ould Sidya. Il doit répondre à une flopée de chefs d’inculpation: «association de malfaiteurs, appartenance à un groupe terroriste,  recel de moyens en vue de commettre des actions de nature à troubler l’ordre et la tranquillité publique».

Avant l’examen du fond de l’affaire, la défense signale des «vices» et autres «irrégularités» de procédure qui devraient entraîner l’annulation  des poursuites. Le président passe outre, en joignant l’affaire au fond. Au cours de l’interrogatoire, le détenu Ould Sidya ne reconnaît pas les faits qui lui sont reprochés. Des dénégations qui n’impressionnent, nullement, le représentant du ministère public. Son réquisitoire en forme de rouleau compresseur se met, alors, en marche. Estimant les faits «établis», «constants» et punis par la loi, le représentant du Parquet vise haut, en réclamant 30 ans de réclusion et la confiscation des biens, à titre de peine subsidiaire. Au cours de sa plaidoirie de «non-culpabilité», la  défense tente  de balayer les arguments de l’accusation et demande l’acquittement de son client. En vain: l’accusé  est reconnu coupable d’«appartenance à une organisation terroriste» et condamné  à une peine de 6 ans de travaux forcés, assortie d’une amende de 2.500.000 ouguiyas.

En fait, Abdallahi Ould Sidya a été arrêté au début de l’année 2008, épisode mettant fin à une clandestinité de quelques années, selon le site du journal Tahalil, grand spécialiste des milieux islamistes présumés terroristes. Suite à un attentat au Royaume d’Arabie Saoudite, le jeune homme faisait l’objet d’un avis de recherches, lancé par les autorités de Riyad. La même source précise, notamment, qu’Ould Sidya détenait plusieurs documents d’identité, des armes et divers type de matériel pouvant servir à commettre des actions violentes.

La négation, en bloc, des faits, par le condamné, explique les propos de son avocat, se déclarant «affligé» par le verdict et annonçant un recours contre la décision de la Cour criminelle.

Plat de résistance

Mais le «plat de résistance» des assises criminelles entamées dimanche dernier reste, incontestablement, le dossier de l’assassinat de quatre touristes français, le 24 décembre 2007, près d’Aleg. Une affaire dont les gros dégâts collatéraux ont, beaucoup, porté tort, non seulement, à la Mauritanie mais, aussi,  à toute la sous-région, avec  l’annulation du mythique rallye du Dakar.

La procédure, déférée devant la cour criminelle pour le massacre des touristes français, retient, dans les liens de l’accusation, Sidi Ould Sidina et Mohamed Ould Chabarnou, arrêtés à Bissau, en janvier 2008, au terme d’une fuite de 45 jours à travers le Sénégal et la Gambie. Ainsi que Maarouf Ould Haïba, appréhendé en avril 2008, dans le cadre des recherches visant à retrouver Ould Sidina, qui avait, entre-temps, réussi une rocambolesque évasion, à la faveur d’un interrogatoire au palais de Justice de Nouakchott, le 2 avril 2008.

Les membres de la bande doivent répondre de plusieurs faits criminels: «association de malfaiteurs, appartenance à une organisation terroriste,  port illégal d’armes, assassinats», etc. On s’attend à une sévérité, exemplaire, du verdict.

Par rapport à la première journée des assises, de nombreux observateurs sont restés sur leur faim estimant que les débats ayant abouti à la condamnation de Abdallahi Ould Sidya n’ont pas apporté un éclairage particulier sur les faits qui lui sont reprochés.

D’où la main « un peu lourde » de la cour criminelle, malgré un hiatus évident avec le réquisitoire.

En plus, les proches des accusés n’arrêtent d’assener leur conviction quant à l’existence de verdicts préparés hors d’un prétoire qui servirait plutôt d’écran de fumée.

La question finale dans tout ça doit rester dans la valeur pédagogique d’un procès annoncé en grande pompe.















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