Wikileaks : les dessous de la rupture des relations avec Israël


saharamedia
Mercredi 8 Décembre 2010



(Traduction : Sahara média)

Décidément, le site Wikileaks n’a pas fini de remettre la Mauritanie dans le contexte de la crise de 2008. La troisième « livraison » (révélations) de ce site à sensations, dont le créateur se trouve depuis quarante-huit heures prisonniers dans les geôles britanniques, évoquent la tonitruante rupture des relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël.

Ainsi, un document sur la couverture duquel on peut lire « enregistré secrètement par : le chargé de mission de l’ambassade, Cornélius Walsh, évoque la vision américaine de la rupture des relations avec l’Etat hébreu décidée par le Haut Conseil d’Etat (HCE). La note révèle ce que beaucoup de mauritaniens ne savent peut-être pas sur la manière dont cette décision, « prise sans hâte et avec prudence », précise le document, a pris la tournure politique que l’on sait.

La note secrète de l’ambassade américaine à Nouakchott dévoile également que les entretiens entre les responsables de cette mission diplomatique et leurs collègues de la représentation israélienne ont laissé entrevoir aux premiers que les seconds ne se rendent pas compte tout à fait que l’ensemble de la classe politique mauritanienne est opposée des relations de la Mauritanie avec Israël.

Ainsi, le document donne la version suivante des « faits » vécus en Mauritanie au cours de la période de la crise politique consécutive au coup d’Etat du 6 août 2008 :

1 - Résumé : « Après avoir suivi l’évolution des relations mauritano-israéliennes, au cours de la crise, nous considérons que le pouvoir du HCE, notamment à travers la personne du ministre des Affaires étrangères et de la coopérations, Mohamed Mahmoud Ould Mohamed, est très préoccupé par les conséquences que peut avoir la rupture définitive de ces relations. Ce qu’ils ont entrepris jusqu’à présent, bien que fait avec prudence et de manière hésitante, est préjudiciable tout de même aux intérêts d’Israël. Cependant, l’entrée en lice des USA, en ce moment très sensible peut être exploitée par un plus grand nombre de membres extrémistes du HCE et plus portés que le ministre des Affaires étrangères et « libérer » la Mauritanie de ses relations avec Israël.

2 – Depuis l’avènement du coup d’Etat, l’ambassade a suivi et préparé des rapports sur la vision du HCE des rapports que la Mauritanie entretient avec Israël, et sur les positions et déclarations d’autres parties prenantes dans la crise politique actuelle.

Du fait que le nouvel ambassadeur d’Israël n’a pas encore présenté ses lettres de créances mais aussi de sa position alignée sur celle de la politique occidentale fustigeant le coup d’Etat, les relations entre les deux pays s’en sont trouvées menacées. La question a toujours revêtu un caractère sensible et, il paraît que le HCE, tout comme l’opposition, auraient préféré que le sujet ne soit pas posé dans leur univers politique.

3 – la dernière attaque contre Gaza a complètement changé la nature des débats sur le sujet. Le HCE s’est ainsi trouvé sous une forte pression de la part de la base qui le soutient mais aussi de l’opposition et des pays islamiques pour qu’il franchisse le pas vers la rupture de ces relations, considérée comme la manifestation d’une solidarité avec les Palestiniens. Et il paraît que des pays aient proposé, effectivement, la reconnaissance du coup d’Etat et l’octroi d’une aide contre la rupture des relations avec Israël. Des manifestations monstres, parfois violentes, près de l’ambassade d’Israël, ont contraint le HCE à franchir le pas. Sur le plan intérieur, le HCE donnait l’impression d’être en compétition avec ses adversaires pour montrer qui est réellement le plus opposé à Israël.

4 – malgré les pressions exercées sur lui, le HCE a entamé les mesures conduisant à la rupture des relations avec Israël, adoptant tout de même une grande prudence et agissant avec lenteur. Ils ont commencé par convoquer l’ambassadeur et lui ont signifié le gel des relations, ensuite procédé, secrètement,  à la fermeture de leur ambassade à Tel Aviv, ont retiré leur personnel, avant de re-convoquer l’ambassadeur et lui ont demandé de prendre les mesures nécessaires pour que le gel des relations soit effectif. Et, depuis, le 16 février, l’ambassadeur d’Israël n’a pas été recontacté par le ministère des affaires étrangères dépendant du HCE.

5 – Nous avons considéré, un certain moment, que les mesures prises par le HCE sont une tentative d’avoir leur part du gâteau, et donner l’impression qu’ils sont contre Israël tout en restant en relation avec elle. Mais, au contraire, ce que le HCE a montré comme hésitations, et refus, sous le regard de l’Iran, de la Libye et d’autres pays, ainsi que sa polémique avec l’opposition, prouvent qu’il est bien conscient des suites possibles d’une telle rupture.

Une rupture qui, devenue officielle, peut bien donner la tentation au HCE de s’en servir, à un moment donné. Mais les indices présents montrent qu’il ne franchira pas ce pas sans un motif qui lui permettra d’avoir des privilèges, soit de la part de ses partenaires internationaux (il a déjà réussi à avoir l’appui de la Ligue arabe lui permettant d’éviter des sanctions contre lui), ou de gagner des points contre ses adversaires de l’intérieur.

6 – L’intervention américaine à ce moment précis peut être le prétexte recherché par le HCE pour aller vers la rupture définitive des relations avec Israël. Et cela va sans doute contribuer à rehausser l’image du HCE en Orient près de certains pays islamique. Tout comme les USA ont apparu au HCE comme les plus intransigeants de ses contestataires en Occident. Il cherchera à utiliser cela contre les acquis démocratiques avec l’administration de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, le Front national pour la défense de la démocratie et d’autres partis avec lesquels nous avons travaillé durant les 6 derniers mois.

Il y a des personnalités, apparues récemment dans une petite publication nommée « Points Chauds » qui ont cherché à présenter la question des sanctions et l’internationalisation de la crise (comme l’exprime le titre de l’article : le lobby juif face au groupe de pression arabe : qui aura le dernier mot ?). De ce fait, nous conseillons de prendre en compte la recommandation soulignée dans ce rapport.

7 – Commentaire : Au cours de nos discussions avec l’ambassadeur d’Israël, nous nous sommes rendu compte que le gouvernement de son pays n’est nullement conscient que l’ensemble de la classe politique mauritanienne est contre les relations entre la Mauritanie et Israël, qu’il s’agisse du HCE, de son opposition ou d’opportunistes qui ont saisi l’occasion au vol pour que ces relations soient rompues.

Le seul élément qui a empêché le HCE de ne pas rompre définitivement ces relations est la conscience qu’une telle décision va compliquer ses relations avec les USA et les Occidentaux. Ce fait est aussi dans les calculs de l’opposition qui, tout en mettant la pression sur le HCE pour qu’il rende effective cette rupture, ne la donne pas comme nécessaire dans les mœurs politiques. Nous pensons que les Israéliens peuvent, dans le futur, avoir de bonnes relations avec le HCE, s’ils avaient quitté dans le calme, et de manière non officielle, après que la situation soit redevenue normale.

Il y a, naturellement, une autre perspective qui n’est pas celle du danger de la rupture définitive, mais celle conduisant le HCE – ou toute administration qui lui succéderait – prendra cette discrétion en compte pour entrevoir l’avenir positivement. Fin du commentaire.

Signature : Henkins















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