Yahya Ould Hamidoune : Histoire d’un génie ignoré des siens mais adulé par les autres


saharamedia
Jeudi 17 Mars 2011



Dans la nuit du dimanche dernier, des milliers de personnes étaient rassemblées à la mosquée Ibn Abass de Nouakchott pour la prière du mort sur le corps d’un Mauritanien hors du commun, disparu subitement dans un hôpital pairisien.

Yahya Ould Hamidoune, histoire d’un génie que les siens ont ignoré, au moment où les autres l’ont adulé, jusqu’à son décès qui a constitué un terrible choc dans l’univers des mathématiciens de renommée mondiale, alors qu’ici, dans sa propre patrie, le fait n’a pas dépassé une simple information passée sur les sites électroniques.

La presse officielle, elle, n’a évoqué l’Evénement que quatre jours après le départ de ce génie, en publiant un court communiqué de condoléance de la part du Prix Chinguetti.

On disait que le Tiers monde ne célébrait ses grands hommes quand ils ne sont plus de ce monde, mais dans le cas de Yahya, « les génies ne sont plus reconnus ni de leur vivant ni après leur mort », écrit un Mauritanien sur sa page facebook.

Dans la ville d’Atar, capitale de la wilaya de l’Adrar, est né, à la fin des années 40 du siècle dernier, à l’intérieur d’une maison dont l’air est plein de particules de poésie, de fiqh et de valeurs morales, un garçon qui devient, quelques décennies plus tard, un génie de son temps.

Son père, le grand historien de la Mauritanie, Moctar Ould Hamidoune, lui donna le nom de Yahya. Il a vécu comme vivent ses semblables issus de familles savantes, entre l’école coranique et la maison familiale qui était elle-même la mahadra-mère.

Le père de Yahya, Moctar Ould Hamidoune, est l’auteur de la célèbre épopée historique « hayat Mouritaniya » (La vie de la Mauritanie), constituée de plus de 40 volumes, et qui traite de sujets aussi épars que ceux des sciences islamiques, de la langue et de l’histoire ainsi que divers aspects, grands ou petits, de la vie des Chanaghuittas. C’est pour dire que l’illustre disparu est issu d’une longue lignée de savants qui ont laissé une trace indélébile dans l’histoire de la Mauritanie. Outre son père, Moctar, l’historien connu de tous, il y avait son grand-père, Hamed, son arrière grand-père Mohamedoune et, si l’on remonte plus loin, l’érudit (son aïeul), Baba Ould Abeid, l’auteur du livre « El Mouyassar », qui est un référence dans les sciences islamiques.

Mais lui suivra une autre voie, différente de celle de ces géniteurs : Les mathématiques.

Son génie a éclaté très tôt, quand trois années ont suffi pour boucler le cycle primaire, ensuite ce sera l’Institut de Boutilimit pour les sciences arabes et linguistiques qui connaissait, à l’époque, son âge d’or. Yahya qui était le plus jeune des étudiants de cet institut, allait se faire distinguer et étonner les cheikhs de cet antre du savoir (Mohamed Ould Aboumediyena, Mohamed Salem Ould Addoud, entre autres). A l’âge de 15 ans, il s’embarque pour le Caire, où il avait un autre rendez-vous avec le savoir. Sept ans qu’il passera dans la capitale égyptienne pour ses études secondaires et universitaires, avant de renter au pays, avec une mention honorable et le premier rang de sa promotion. Agé seulement de 21 ans, à son « retour au pays natal », il enseignera pendant 5 ans les maths-physique au lycée de National de Nouakchott (comme on appelait à l’époque le lycée de Garçons n°1), où il était considéré comme le meilleur de tous. Mais Yahya voyait plus grand et plus loin qu’un simple poste de professeur d’enseignement secondaire.

Il quittera ainsi à nouveau la Mauritanie, mais cette fois-ci pour la ville de Paris où il poursuit ses études supérieures en mathématiques à la Sorbonne. Au bout de trois ans, il obtient un doctorat d’Etat avec une mention honorable. C’est le début d’une nouvelle vie dans la capitale française où il travaillera 30 ans durant au CNRS (Centre national de recherche scientifique) et produira des centaines de recherches de notoriété dans le domaine des mathématiques dont on peut citer, à titre d’exemples, la « Théorie additive des nombres », « Somme de Minkowiski », « Les Problèmes isopérimitriques », la « Théorie additive des suites combinatoires ».

La production de Yahya dans le domaine de la recherche en mathématiques dépasse celle de tous les savants africains à travers l’histoire. Il présentait ses conférences dans cinq langues (arabe, français, anglais, allemand, espagnol) et a été invité par des dizaines d’universités de l’ouest et de l’est comme professeur itinérant.

Malgré qu’il soit l’un des plus grands professeurs de mathématiques de son temps, il a toujours été discret, « même après son décès et la prière du mort qui n’a pas été annoncée par les médias officiels, malgré la présence de milliers de personnes », signale l’un de ses amis attristés.

La seule distinction que le Dr Yahya Ould Hamidoune a eu de son pays a été, il y a dix ans, la réception du Prix Chinguitt, du temps du président Maaouiya Ould Taya, malgré qu’il ait tenu, durant toute sa vie a conserver sa nationalité mauritanienne, comme attachement à ce pays dans lequel il vient, finalement, d’être enterré, dans le cimetière de « Amneikire », dans le sud de la Mauritanie, à côté de ses ancêtres disparus.

 















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