
Alors que le Mali connaît une situation sécuritaire critique, le Sénégal allie « diplomatie discrète » et « état d’alerte sécuritaire » à ses frontières orientales, afin de faire face aux menaces qui pèsent sur ce pays voisin.
Vendredi matin, lors d’une séance parlementaire consacrée à l’interpellation des ministres, le gouvernement sénégalais a dévoilé une partie de son plan pour faire face à la situation sécuritaire au Mali, et expliqué comment Dakar joue un rôle diplomatique en coulisses, accompagné de « fermeté et de rigueur » face aux menaces sécuritaires et à la recrudescence des attaques des groupes armés au Mali.
Une diplomatie discrète
Les ministres sénégalais des Affaires étrangères et de la Défense se sont exprimés devant le Parlement sur la situation sécuritaire au Mali et ont dévoilé les grandes lignes de la stratégie sénégalaise pour y faire face.
Le ministre des Affaires étrangères, Cheikh Niang, a déclaré que la stabilité du Mali était une question vitale pour le Sénégal, soulignant que la sécurité et la stabilité de son pays étaient étroitement liées à celles des trois pays voisins que sont le Mali, la Gambie et la Guinée-Bissau.
Niang a ajouté que le Mali « traverse une crise qui pose des défis aux pays de la région à différents niveaux, notamment politique, social et même humanitaire », faisant référence aux menaces sécuritaires complexes auxquelles le pays est confronté, à la prolifération des groupes armés dans plusieurs régions et à leur contrôle d’axes routiers stratégiques.
Le chef de la diplomatie sénégalaise n’a pas révélé la nature des contacts avec Bamako ni le rôle joué par Dakar, mais il a affirmé que son pays n’abandonnerait pas le Mali, déclarant : « En diplomatie, on ne divulgue pas tout publiquement, mais nous sommes en contact permanent avec le gouvernement malien pour savoir ce que le Sénégal peut apporter et comment il peut aider en toute discrétion ».

Le ministre sénégalais des Affaires étrangères a indiqué que Dakar s’efforce toujours, aux niveaux régional et international, de soutenir le Mali, précisant qu’il demande sans cesse « aux partenaires internationaux de ne pas abandonner le Mali, quelle que soit la situation ».
Un rôle régional
Le ministre a affirmé que le rôle du Sénégal dans la crise malienne serait encore plus important lorsque son pays présidera la Commission économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et peut-être lorsqu’il assumera la présidence tournante de ce bloc régional au cours des prochains mois lors du prochain sommet ordinaire des chefs d’État du groupe.
La CEDEAO avait désigné le président sénégalais comme médiateur, aux côtés du président togolais, pour négocier avec la coalition des trois pays du Sahel, dont les États membres, avec le Mali en tête, s’étaient retirés du groupe il y a un an.
Mesures militaires
De son côté, le ministre sénégalais de la Défense, le général Biram Diop, n’a pas caché la gravité de la situation, en particulier dans les zones frontalières avec le Mali, qualifiant celle-ci de « menaces extrêmement graves ».
Il y a quelques jours, des militants du groupe « Al-Nousra » (Al-Qaïda) ont incendié des camions sénégalais qui se rendaient à Bamako, dans le cadre du blocus imposé par le groupe sur la capitale malienne.
Suite à cela, la Fédération des transporteurs sénégalais a demandé à ses membres de suspendre leurs activités et de cesser le transport de marchandises et de ravitaillements du port de Dakar vers Bamako, tant que le blocus imposé par le groupe sur la capitale malienne ne prendrait pas fin, estimant que la sécurité et la sûreté des chauffeurs de camions sénégalais constituaient une priorité.
Pour faire face à cette situation, le général Diop a déclaré que l’armée et les forces de sécurité avaient renforcé leur présence dans les zones frontalières avec le Mali, et que les autorités avaient pris les mesures nécessaires pour assurer une présence forte et durable dans ces zones, afin de rassurer la population.
Diop a précisé que le commandant en chef de l’armée et le gouvernement avaient pris les mesures nécessaires de manière progressive, en tenant compte de la situation sur le terrain, afin d’assurer la présence militaire attendue par les Sénégalais dans ces zones.

Le ministre sénégalais a évoqué la nécessité d’impliquer les populations locales dans l’est du pays, estimant que la présence militaire seule ne suffisait pas.
Coordination en matière de renseignement
Concernant la situation de l’autre côté de la zone frontalière, le ministre sénégalais a souligné que son pays ne pouvait pas agir seul, car il s’agit d’une zone commune que le Sénégal ne peut sécuriser à lui seul.
Le ministre sénégalais de la Défense a déclaré qu’une commission frontalière mixte se réunissait régulièrement et partageait des renseignements par le biais de mécanismes efficaces, soulignant l’importance d’un « partage de renseignements précis et en temps opportun ».
En juillet dernier, la zone frontalière avec le Sénégal a été le théâtre d’attaques armées menées par des militants d’Al-Qaïda, qui ont atteint les confins de la frontière sénégalaise.
Récemment, la brigade Macina, affiliée à Al-Qaïda, a étendu ses activités dans l’ouest du Mali, en particulier dans la région de Kayes, considérée comme la principale porte d’entrée entre le Mali et le Sénégal.
Face à cette réalité complexe, le Sénégal affiche une vision stratégique alliant prudence en matière de sécurité et souplesse diplomatique, conscient que tout effondrement majeur de la sécurité au Mali menacerait directement sa stabilité et la sécurité de ses frontières orientales.





