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La déclaration commune avec les européens consacre-t-elle un changement de la politique migratoire de la Mauritanie ?

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez est apparu satisfait et souriant lors de sa visite à Nouakchott, sa troisième en moins d’un an et demi.

Cette visite intervient à un moment différent de ses deux précédentes visites l’année dernière, au cours desquelles il s’était inquiété de l’afflux de migrants clandestins partis des côtes mauritaniennes et dont le nombre a diminué depuis le début de l’année.

Les deux visites de février et d’août de l’année dernière se sont déroulées dans un contexte de forte pression intérieure sur le gouvernement espagnol, en raison de la fréquence élevée des arrivées de migrants irréguliers aux îles Canaries, ce qui a incité le premier ministre espagnol à se rendre à Nouakchott dans l’espoir de signer des accords de sécurité pour lutter contre l’immigration.

Ces négociations ont commencé avant sa première visite l’année dernière, puisqu’il a rencontré pendant des mois des fonctionnaires mauritaniens et leurs homologues espagnols et européens afin de parvenir à un accord de lutte contre la migration irrégulière, similaire aux accords signés avec d’autres pays africains.

Le renforcement des contrôles en Tunisie, en Libye et au Maroc a modifié les itinéraires des passeurs, qui ne ciblent plus ces itinéraires traditionnels, mais ont relancé un nouvel itinéraire passant par Nouakchott et Nouadhibou pour rejoindre les côtes espagnoles.

En conséquence, le flux de migrants irréguliers en provenance d’Afrique subsaharienne a plus que doublé, les chiffres montrant qu’environ 22 300 migrants sont arrivés dans l’archipel atlantique jusqu’en août dernier, contre 9 864 au cours de la même période en 2023, selon les données du ministère espagnol de l’intérieur.

Négociations européennes

C’est pourquoi l’UE a négocié une déclaration commune de lutte contre la migration irrégulière, qui a été signée en février 2024 à Nouakchott.

Ce partenariat comprend des volets économiques, diplomatiques et sécuritaires, ainsi que le soutien à la migration légale vers l’Europe pour les Mauritaniens et la lutte contre la migration irrégulière et l’asile.

Six mois après cette annonce, Pedro Sanchez est retourné à Nouakchott, cette fois avec de nouvelles offres pour le gouvernement mauritanien, dont la signature d’un protocole d’accord sur la migration circulaire entre les deux pays, qui vise à renforcer la coopération dans ce domaine par la mise en œuvre d’un projet pilote de sélection de travailleurs mauritaniens pour travailler en Espagne.

Le protocole d’accord signé entre la Mauritanie et l’Espagne comprend plusieurs clauses, dont la sélection par le gouvernement mauritanien des candidats au travail en Espagne, sélectionnés selon un système basé sur le principe de l’égalité des chances.

L’une des principales clauses du mémorandum est que les travailleurs doivent retourner en Mauritanie à l’expiration de leur contrat, tout en préservant la confidentialité des informations échangées entre les deux parties.

Le mémorandum est valable pour une durée d’un an, renouvelable par consentement réciproque, selon le texte du mémorandum.

Cet accord a été signé avec plusieurs pays, dont la Mauritanie, dans le cadre des politiques du gouvernement espagnol visant à lutter contre la migration irrégulière et à parvenir à une migration sûre, ordonnée et régulière.

Les offres comprenaient également des promesses économiques et une aide militaire pour soutenir les autorités mauritaniennes dans la lutte contre le trafic de migrants irréguliers.

Les fréquentes visites d’officiels européens, notamment espagnols, ont fait craindre à l’opinion publique mauritanienne que leur pays ne devienne un « garde-frontière » pour les Européens, ou un refuge permanent pour les migrants expulsés d’Europe.

Le gouvernement a démenti ces rumeurs et s’est voulu rassurant, soulignant que la Mauritanie n’est plus seulement un point de transit vers l’Europe, mais qu’elle est devenue un pays d’installation pour ces migrants qui constituent un fardeau économique et social de plus en plus lourd pour le pays.

La plupart de ces migrants sont originaires de pays d’Afrique subsaharienne, notamment du Mali, en proie à une guerre civile qui a provoqué une dégradation importante des conditions économiques et sociales, entraînant le déplacement de plus de 150 000 personnes, que la Mauritanie accueille dans le camp de MBerra, à l’est du pays.

Dans ce contexte, le gouvernement a annoncé un ensemble de mesures pour lutter contre ce phénomène, notamment l’interdiction pour les chauffeurs de véhicules et les sociétés de transport d’acheminer des étrangers sans titre de séjour légal, le renforcement du contrôle aux frontières et la modernisation de l’arsenal juridique régissant la migration.

En février, la Mauritanie a inauguré un nouveau tribunal spécialisé dans les affaires de migration, dans le cadre d’une stratégie nationale de lutte contre la migration irrégulière.

La loi relative à la régulation et à la lutte contre la migration prévoit des peines d’emprisonnement allant de six mois à deux ans pour toute personne qui utilise de faux documents ou les obtient avec une fausse identité ou de fausses données d’état civil, ainsi que pour ceux qui falsifient des visas consulaires, de fausses garanties, de faux contrats de travail ou de fausses cartes d’identité étrangères.

La loi stipule également que les étrangers qui violent les lois sur l’immigration et la résidence peuvent être expulsés et interdits d’entrée dans le pays pour des périodes allant de 1 à 10 ans, à la discrétion des autorités compétentes.

La loi impose également des amendes pouvant aller jusqu’à 5 millions MRO (environ 13 000 dollars) et des peines de prison allant de deux à six mois pour ceux qui entrent dans le pays en dehors des points de passage officiels ou qui résident dans le pays de manière illégale.

Ces mesures ont permis de démanteler les réseaux transfrontaliers qui s’occupent de faire entrer illégalement des migrants dans le pays par des points de passage et des points d’accès illégaux.

Cette campagne de sécurité a suscité beaucoup de controverses et de critiques de la part des opposants, qui ont accusé les autorités de « déporter les migrants de manière inhumaine ».

Le gouvernement mauritanien maintient que les expulsions sont effectuées conformément aux lois locales et aux conventions internationales ratifiées par le pays.

Dans un communiqué de presse, le ministre des affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, avait déclaré que la mission première des forces de sécurité est de « sécuriser la population et le territoire », soulignant qu’elles respectent toutes les conventions internationales relatives aux droits de l’homme dans l’exercice de leurs fonctions.

Un tournant

Cette campagne s’est reflétée dans les chiffres de la migration vers les îles Canaries, qui ont chuté de 40 % cette année, une baisse qui n’avait pas été enregistrée l’année dernière, lorsque la migration irrégulière était à son apogée.

Cette baisse est attribuée aux mesures strictes mises en place par le gouvernement mauritanien pour lutter contre le trafic de migrants, ce qui est confirmé par les déclarations de la gendarmerie et de la police, puisqu’il ne se passe pas un jour sans que l’on annonce la mise en échec d’une tentative de trafic de dizaines de migrants ou l’arrestation de passeurs.

Cette approche sécuritaire, adoptée par le gouvernement depuis le début de l’année, a permis au Premier ministre espagnol Pedro Sanchez de souligner que sa récente visite et la première réunion de haut niveau représentent un tournant dans les relations entre les deux pays.

Sanchez a déclaré que le partenariat avec la Mauritanie est devenu plus ambitieux et diversifié, allant au-delà de la coordination traditionnelle en matière de sécurité.

C’est pourquoi cette visite a été différente des deux précédentes, car il est venu avec des offres économiques pour la Mauritanie, et pas seulement sécuritaires.

Le gouvernement espagnol a annoncé l’octroi d’un financement de 200 millions d’euros pour soutenir les investissements espagnols en Mauritanie.

Le paquet comprend des prêts à taux réduit pour financer des projets dans les domaines de la transition énergétique, des études de faisabilité, des garanties de risque et des facilités pour soutenir les entreprises espagnoles opérant en Mauritanie.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a également annoncé la nomination du premier représentant économique et commercial de l’Espagne à Nouakchott, dès septembre prochain, afin de renforcer la présence institutionnelle et de soutenir les investissements.

Le premier ministre espagnol a souligné l’importance des relations économiques entre les deux pays, rappelant que l’Espagne est le premier partenaire commercial de la Mauritanie au sein de l’Union européenne, et a exprimé l’aspiration de Madrid à développer la coopération par le biais d’initiatives européennes telles que le Global Gateway et l’Africa Forward Alliance.

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