L’opposition mauritanienne de nouveau dans la rue : l’état de grâce est-elle terminée ?

L’opposition mauritanienne a décidé de descendre dans la rue le 10 mai pour protester contre ce qu’elle qualifie de détérioration des conditions de vie et de recul des libertés dans le pays, estimant que ces événements justifient un retour dans la rue pour les dénoncer.
Selon les analystes, cette décision n’est pas ponctuelle, mais marque le début d’une possible escalade entre l’opposition et le gouvernement mauritanien depuis sept ans, c’est-à-dire depuis l’arrivée au pouvoir du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Depuis son accession au pouvoir en 2019, Ould Cheikh El Ghazouani a réussi à assainir le paysage politique en consultant les partis politiques, en particulier l’opposition, naguère qualifiée de « radicale ».
Mais cette ouverture a suscité des critiques de la part de certains qui ont accusé l’opposition de « s’aligner sur les politiques du régime et de ne pas se préoccuper des conditions de vie des citoyens ».
Les coulisses de l’unité
L’opposition retourne dans la rue après des semaines de consultations entre les leaders et les coalitions, et après s’être divisée depuis des années en raison de divergences de vues sur de nombreux dossiers. Cependant, l’adoption par le gouvernement d’un ensemble de mesures pour faire face à la crise énergétique, ainsi que l’arrestation de militants politiques et de députés, l’ont poussée à resserrer les rangs.
Selon une source de l’opposition, les négociations et les discussions prolongées entre les figures de proue de l’opposition au cours des dernières semaines ont abouti à la décision d’organiser des actions de terrain pour exprimer la colère et protester contre la situation générale que traverse le pays.
Les figures de proue de l’opposition ont formé un comité chargé d’étudier les modalités permettant de descendre dans la rue pour exposer la situation générale du pays.
Ces pôles comprennent : la Fondation de l’opposition, la Coalition pour l’alternance démocratique en 2029 et la Coalition de l’opposition, auxquelles participent de grands partis politiques, parmi lesquels le Rassemblement national pour la réforme et le développement (Tewassoul), l’Union des forces du progrès, le Parti Al-Sawab et le Parti de l’alliance pour la justice et la démocratie (Mouvement pour le renouveau).
Dans ce contexte, une source de l’opposition a déclaré à « Sahara Media » que le nouveau mouvement, qui débutera le 10 mai par l’organisation d’un meeting populaire sur la place de la foire à Nouakchott, était inévitable en raison des politiques gouvernementales menées ces derniers mois.
Retour dans la rue
Depuis des années, l’opposition s’est absentée de la rue et n’a pas organisé de manifestations de protestation comme elle en avait l’habitude sous le régime de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, ce qui la place aujourd’hui face à un défi de taille pour mobiliser la population sur le terrain en vue de participer au meeting qu’elle prévoit d’organiser dimanche prochain.
Ce défi est d’autant plus grand que les visions divergent entre la rue et l’opposition, cette dernière fait l’objet de critiques dans les médias et sur les réseaux sociaux de la part de militants qui l’accusent de ne pas s’intéresser à la situation générale du pays, notamment en ce qui concerne les conditions de vie des citoyens.
Dans ce contexte, le journaliste Sidi Mohamed Belamech a déclaré que l’opposition avait ressenti la nécessité de retourner dans la rue en cette période, alors que le paysage politique était jusqu’alors caractérisé par l’existence d’une rue opposée et d’une élite opposée elle aussi, sans que les deux soient unies.

Ould Belamech a ajouté, dans une interview accordée à « Sahara24 », que l’opposition s’était retrouvée à la croisée des chemins, se situant sur une voie qui n’était ni celle du régime, ni celle de l’opposition qui répond aux revendications de la rue.
Le journaliste a poursuivi : « Elle tente désormais de retourner dans la rue et de communiquer avec sa base, afin qu’on ne puisse pas dire que l’opposition est morte, et elle est en train de se ressusciter. »
Une alliance sous la loupe
Bien que les trois figures de proue de l’opposition qui se sont unies n’aient pas publié de communiqué ni tenu de conférence de presse jusqu’à mardi soir pour annoncer leurs stratégies pour la période à venir, cette alliance soulève de nombreuses questions quant aux circonstances de sa formation et son avenir.
Dans ce contexte, le journaliste Sidi Mohamed Belamech estime que ce qui rassemble les pôles de l’opposition à ce moment précis, c’est le coût de la vie et la hausse des prix des carburants, et le recul des libertés.
Ould Belamech ajoute qu’il existe des éléments qui les divisent, chaque courant d’opposition ayant ses propres objectifs, avec des divergences entre eux, soulignant que l’ordre des intervenants lors du festival prévu pourrait poser problème.
Il a déclaré : « Chaque pôle a ses problèmes internes, et au niveau des pôles, il existe de fortes divergences et des désaccords, y compris au sujet de qui représente l’opposition : le parti Tewassoul estime qu’il la représente, Biram Dah Abeid lui aussi fort de sa deuxième place lors des dernières élections présidentielles. »
Ould Belamech a souligné que le plus grand défi consistait à préserver cette unité dans l’avenir.
L’avenir du paysage politique
L’annonce par l’opposition de son intention de descendre dans la rue a ravivé les craintes que la Mauritanie n’entre dans une nouvelle phase de tensions politiques, à l’image de celles qu’elle a connues au cours de la dernière décennie.

Le journaliste Sidi Mohamed Belamech estime que le rassemblement de dimanche prochain pourrait marquer le début d’une « crise politique » dans le pays, mais cela dépendra de la persistance de cette unité au sein de l’opposition.
Il ajoute que l’unité de l’opposition pourrait constituer un problème pour le régime à un moment où le pays traverse une situation économique difficile en raison du coût élevé de la vie et du recul des libertés.
Quant aux cartes dont dispose le gouvernement pour faire face à l’unité de l’opposition, Ould Belamech estime que les autorités surveilleront le rassemblement et l’ampleur de la participation populaire, et que s’il a un écho, elles s’orienteront vers l’une des deux options suivantes : la première consiste à considérer le dialogue comme important et à s’asseoir avec eux pour discuter, tandis que la seconde consiste à tenter de diviser leurs rangs.





