Iran : tombé dans le filet des renseignements, le Cheikh n’était autre qu’un officier des services israéliens

Dans la ville de Qom, où les portraits des principaux religieux sont accrochés et où les sermons du vendredi sont transmis à des millions de foyers par la bouche de turbans noirs, un homme continue d’occuper une place particulière dans les cœurs et les esprits : le cheikh Emami al-Hadi.
Homme digne, à l’allure imposante, revendiquant une lignée honorable, les foules se pressaient à sa chaire et les érudits faisaient circuler ses fatwas.
Mais par une sombre matinée de juillet, tout bascule.
Soudain, sans préliminaires, les services de sécurité iraniens annoncent le « démantèlement d’une dangereuse infiltration des services de renseignement » au sein même de la sphère religieuse, et le « cheikh » qui prêche au peuple chaque vendredi n’est autre que Shimon Deravi, un officier des services de renseignement israéliens qui a suivi une formation rigoureuse dans les arts de l’infiltration idéologique et de l’intégration religieuse, avant d’être implanté en Iran il y a plus de 15 ans.
De Qom à Tel Aviv
L’histoire porte les marques d’un film d’espionnage élaboré : un homme aux traits orientaux, parlant couramment le farsi, assis avec révérence parmi les autorités religieuses, récitant des prières dans le mihrab d’une grande mosquée de Téhéran et participant à des conférences internationales au nom de la « marja’iyya » (la référence).
Les sermons du vendredi étaient retransmis en direct, les fatwas étaient citées dans les discussions religieuses, le public le considérait comme « l’un des innovateurs du discours chiite », tandis que l’autorité voyait en lui une « voix fiable », et certains départements de sécurité religieuse le consultaient même sur des questions jurisprudentielles et sociales sensibles, mais Shimon, ou « le cheikh », n’était que la partie émergée de l’iceberg, d’après les premiers rapports de l’enquête.
Un tremblement de terre dans la sphère religieuse
L’incident a été révélé à l’occasion de l’escalade des tensions sécuritaires, après la guerre de douze jours entre Israël et l’Iran. Au cours de cette période, les gardiens de la révolution ont été soumis à des frappes successives et d’éminents scientifiques du programme nucléaire iranien ont été assassinés dans le cadre d’opérations décrites comme une guerre de l’ombre ouverte entre le Mossad et les services de sécurité iraniens.
Mais cette fois, la brèche n’a pas été ouverte dans une installation nucléaire ou une unité secrète, mais au cœur de la légitimité religieuse sur laquelle repose le régime.
Qui a investi le Cheikh de la confiance ?
La plus grande surprise a été de constater que des dizaines d’ecclésiastiques éminents et certains symboles de l’establishment religieux de Qom étaient en contact direct avec le cheikh, échangeaient des messages avec lui, partageaient des tribunes avec lui et le recommandaient même à leurs étudiants ; personne n’a pensé que cette voix calme et digne était en fait un soldat dans une bataille silencieuse des services de renseignement.
Selon des sources iraniennes, cet homme faisait partie d’un plan à long terme visant à saper la légitimité du régime de l’intérieur, en implantant des personnalités « religieuses » ayant des objectifs de renseignement, en semant la discorde ou en recueillant des informations.
Jusqu’à présent, les autorités iraniennes n’ont pas révélé beaucoup de détails, mais elles n’ont pas caché l’impact du choc dans les milieux de la sphère religieuse.
Certains responsables ont évoqué la nécessité de revoir en profondeur le système de confiance et d’affiliation dans les institutions religieuses, avertissant que ce qui s’est passé « n’est pas seulement un incident de sécurité », mais une révélation de la fragilité de la sécurité du « turban » lui-même.





