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La lutte contre l’extrémisme au menu du symposium international d’Abidjan

Le symposium international organisé à Abidjan par la fondation Mohamed VI pour les oulémas africains s’est penché jeudi sur le rôle des autorités locales et les acteurs religieux dans la lutte contre les phénomènes du fondamentalisme et l’extrémisme religieux violent qui menacent le peuple ivoirien et plus généralement les peuples africains.

Le directeur de l’institut « Tombouctou » au Sénégal Dr Bakary Samba a axé son intervention sur les causes du phénomène et les moyens de le combattre à travers le dialogue, ajoutant que l’espace africain n’a pas su faire la différence entre comment empêcher l’extrémisme violent et faire face au terrorisme par l’intervention de l’armée.

« En examinant profondément de l’intérieur les groupes terroristes, a encore dit le docteur Samba, du point de vue de l’intégration sociale et politique, on s’aperçoit qu’ils font face à des infiltrations en l’absence d’immunité » réaffirmant que le problème n’est pas celui de la religion mais plutôt sa déformation.

Le directeur de l’institut de Tombouctou a salué le rôle joué par le Maroc dans la lutte contre l’extrémisme et l’adhésion au principe du dialogue, évoquant au passage l’approche mauritanienne lors du dialogue avec les prisonniers impliqués dans des opérations extrémistes, en plus de la révision des textes religieux, « des modèles qui doivent être pris en compte » a-t-il dit.

Le Dr Samba a rappelé que le terrorisme est combattu militairement dans certaines régions après que les groupes extrémistes se soient déployés comme c’est le cas au Mali et au Niger, alors que dans les différents pays ouest africains la pression est forte mais les gouvernements l’ignorent pour des raisons politiques au lieu de la combattre, mettant en garde contre ce qui s’est passé dans les pays du Sahel qui n’ont pas senti venir le danger.

Il a appelé les dirigeants africains à coopérer avec le Maroc et d’encourager la fondation Mohamed VI pour les oulémas africains, qui a fait sienne l’approche du dialogue entre les religions, révélant que cette institution dispose d’un vaste réseau d’oulémas dans les différents pays africains.

Le Dr Samba propose à ces pays de profiter du rôle de ces oulémas considérant qu’il faut opposer les pensées les unes aux autres.

Pour Noel Engissa, un religieux chrétien ivoirien, les conflits violents dans la région du Sahel n’ont pas toujours été liés à des coups d’État, mais plutôt à des idéologies politiques et religieuses.

Selon lui, l’analyse de ce conflit est de la responsabilité des acteurs, mettant en garde les pays voisins du Sahel contre les conséquences désastreuses de ce qui se passe dans la région.

Il a ajouté que la Côte d’Ivoire pourrait être menacée et qu’elle doit revoir sa politique sécuritaire, changer l’action militaire par l’action communautaire afin d’éviter la survenance d’incidents terroristes, comme cela s’est produit dans les pays voisins.

Il a ajouté que la Côte d’Ivoire a été plus d’une fois l’objet de menaces terroristes, elle qui se trouve à la frontière de pays en proie à un extrémisme religieux violent, comme c’est le cas dans certaines régions du Burkina Faso, frontalières avec des régions ivoiriennes qui connaissent des problèmes sociaux et économiques.

Il a mis en garde contre l’utilisation de ces populations par les terroristes, rappelant que ces régions sont les plus pauvres de la région et les routes sont dans un piteux état, ce qui est de nature à attirer les terroristes.

Il a appelé les autorités ivoiriennes à multiplier leurs efforts, renforcer son armée et ses forces de sécurité dans cette région, à lancer des programmes gouvernementaux pour l’intégration des jeunes dans les régions nord en les aidant et en mettant l’accent sur le dialogue entre les communautés locales.

Les différents orateurs qui se sont succédés à la tribune ont mis l’accent sur l’importance du dialogue au sein des religions elles-mêmes, considérant que le problème est idéologique et invitant les acteurs religieux et notamment les musulmans à prendre l’initiative.

Certains intervenants ont estimé que l’intervention de l’armée pour assécher les sources du terrorisme n’est pas garant de résultats convaincants, appelant à dynamiser le rôle des acteurs religieux musulmans en véhiculant un message clair à l’endroit des extrémistes.

L’un des intervenants a rappelé que les extrémistes font usage de la langue et du discours pour convaincre les populations en utilisant des termes religieux, proposant de laisser le soin aux oulémas et aux Imams l’initiative de s’opposer à eux.

Un autre intervenant a estimé lui qu’« il ne faut pas éviter de discuter de certaines questions sensibles et généralement posées, comme celle du djihad dans l’islam.

Un tel fait obligerait les universitaires à expliquer et situer dans leurs contextes les termes que les extrémistes manipulent pour appâter les jeunes dans le bourbier du terrorisme ».

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