Les sirènes à multiples buts qui rythmaient la vie dans la ville minière de Zouerate

Tout s’arrête. La circulation des camions, celles des voitures et des pelleteuses. L’un des ouvriers appuie sur le bouton des sirènes pour les faire retentir, avertissant les habitants de la ville de Zouerate de l’imminence de la détonation, suivie quelques instants après de fortes explosions dans la mine de F’derick , dans la zone de la Kédia de Djil, libérant de grandes quantités de poussière qui se répand partout.
Les ouvriers de la Société nationale industrielle et minière (SNIM) sont habitués au bruit de ces sirènes, qui font désormais partie intégrante de la vie des habitants e la ville minière, car rythmant, récemment encore, leur quotidien et faisant partie de leur routine.

À la mine de F’derick, des ouvriers spécialisés mettent la touche finale à la mise en place du « Nitronium » dans les trous de forage et à son raccordement aux câbles, tout en communiquant par radio avec le chef du service des explosifs de Kedia Djill, qui supervise l’opération.
Le chef de service, Sidi Mohamed Taher, a déclaré qu’avant le début de la phase de dynamitage, la zone entourant la mine est évacuée. Plus de voitures, plus de camions et aucun habitant à proximité, et les routes menant au site de l’explosion sont fermées.
Ould Taher a ajouté, dans une déclaration à Sahara Media, que les sirènes retentissent trois fois pour avertir les personnes présentes dans la zone de la nécessité de s’éloigner du site des explosions, avant que l’ordre ne soit donné au dynamiteur de procéder à l’opération cinq minutes plus tard.
Les sirènes d’alerte font partie intégrante de la vie des habitants de Zouerate et de leur mémoire collective. Mariam Kaabach se souvient de ces sons qui signalaient aux habitants l’heure de la rentrée des classes le matin et qui les mettaient en garde contre les dangers.
Le rythme du travail
Les sirènes rythment la vie à Zouerate et marquent le début de la journée des habitants de la ville mais aussi le retour des mineurs dans leurs foyers, bien avant l’arrivée des moyens de communications modernes.
Mint Kaabach rappelle que la ville comptait quatre types de sirènes d’alarme, ayant chacune une spécificité déterminant la raison pour laquelle elle avait été déclenchée.
Elle ajoute que l’une des sirènes, installée sur le cime du cinéma, en centre-ville, servait à réveiller les ouvriers de la « SNIM » le matin, leur indiquant qu’il était temps de se diriger vers les bus de l’entreprise qui les emmenaient aux mines.

Là, les ouvriers entamaient une longue journée de travail, guettant les sirènes annonçant l’heure de la pause, puis une autre retentissait en milieu de journée pour signaler la fin de la période matinale, à une époque où le travail à « SNIM » se déroulait selon un système de deux équipes, le matin et le soir.
Rôles humanitaires
Le rôle des sirènes de Zouerate ne se limitait pas à réguler la vie des ouvriers de la société, mais avaient aussi d’autres objectifs humanitaires. En cas de disparition d’un habitant, sa famille en informait les autorités, qui faisaient retentir les sirènes pour inciter la population à participer aux recherches, ou à prévenir les forces de sécurité si elle disposait d’informations sur le dernier endroit où il avait été vu et plus tard s’il avait été retrouvé.
Pour les habitants de Zouerate, ces sirènes n’avaient pas pour seule mission de rythmer le travail ou de pallier à des situations d’urgence car elles permettaient également de partager les joies, comme par exemple le début du ramadan, de l’Aïd al-Fitr ou encore le mois de Dhul-Hijjah.
Ely Ould M’khaitir, retraité de la « SNIM », se souvient d’une époque où la vie des habitants suivait le rythme des sirènes d’alerte, naguère le principal moyen de communication, marquant le début et la fin de la journée de travail.
Ould M’khaitir explique que les habitants de la ville minière, ignorant si le croissant lunaire annonçant le début du Ramadan ou celui de chawwal avait été aperçu, la « SNIM » se chargeait elle d’annoncer ces événements par le biais des sirènes, dont le son résonnait entre les chaînes de montagnes entourant la ville.
Alerte à la guerre
Pendant la guerre du Sahara, dans les années 70, la ville de Zouerate a été la cible d’attaques des combattants du Front Polisario, dont celle du 1er mai 1977, qui a coïncidé avec la fête du Travail, est considérée comme l’une des plus violentes et des plus marquantes ayant laissé des traces indélébiles.
Lors de cette attaque qui avait visé les quartiers résidentiels des travailleurs de la SNIM, un certain nombre de travailleurs civils et étrangers ont été enlevés, et 26 personnes tuées, marquant gravement et tristement la mémoire des habitants.
À cette époque, l’armée mauritanienne avait installé des sirènes d’alerte à l’intérieur d’une caserne militaire, qui se déclenchaient en cas de danger pour avertir les soldats de la nécessité de se tenir prêts, alors que le pays était en guerre contre le Front Polisario.
Mariam Kaabach raconte que les sirènes retentissaient trois fois, signalant la mobilisation des militaires et la nécessité pour eux de se rendre à la caserne afin de se préparer à une éventuelle attaque contre la ville.
La technologie aidant, les sirènes d’alerte ont laissé place aux nouveaux moyens de communications et seule une sirène a résisté à la « purge », celle utilisée dans les mines pour marquer l’explosion de charges d’explosifs mettant en garde à la fois les travailleurs mais aussi les populations leur enjoignant de s’éloigner de la zone de l’explosion.





