
Deux hommes armés et masqués ont emmené l’avocat et ancien ministre des Finances Mountaga Tal vers une destination inconnue après avoir fait irruption à son domicile dans la capitale Bamako dans la nuit de samedi à dimanche, lors d’un incident dont les autorités n’ont pas encore communiqué les détails.
Des proches de Tal ont déclaré que les deux hommes étaient arrivés après minuit à son domicile, où se trouvait sa femme, ajoutant qu’elle avait été « agressée » et que son téléphone lui avait été arraché lorsqu’elle avait tenté de filmer les faits. Ils ont précisé que les hommes armés avaient emmené Tal à bord d’une voiture sans plaques d’immatriculation, selon une méthode que des sources affirment être couramment utilisée par les services de sécurité de l’État au Mali.
Tal est considéré comme l’une des figures politiques les plus en vue du Mali, ayant participé au mouvement qui a renversé le régime de l’ancien président Moussa Traoré en 1991, avant d’occuper par la suite des fonctions gouvernementales.
Depuis le début de la phase de transition qui a suivi le coup d’État de 2020, Tal s’est imposé comme l’un des défenseurs de la démocratie et s’est chargé de dossiers judiciaires sensibles, notamment la défense de l’ancien Premier ministre Moussa Mara, détenu depuis près d’un an, ainsi que de hauts officiers accusés d’avoir tenté de renverser le pouvoir militaire.
Tal a également pris l’initiative de contester juridiquement la décision des autorités de transition de dissoudre les partis politiques, une démarche qui a suscité une vive polémique dans le pays.
Des sources sécuritaires et financières ont indiqué que Tal était « sous surveillance depuis des mois », sans donner plus de détails. Vendredi soir, le parquet militaire de Bamako avait annoncé l’arrestation de militaires en service et à la retraite, soupçonnés d’être impliqués dans les attaques du 25 avril, précisant que l’enquête visait également des personnalités politiques.
On ignore encore si l’arrestation de Tal est liée à cette affaire, les autorités n’ayant fourni aucune explication officielle, tandis que sa famille affirme que sa détention se déroule en dehors de tout cadre légal.
Dans un communiqué, la famille a fait part de son inquiétude face à ce qu’elle a qualifié d’« absence de transparence », affirmant ne pas avoir pu obtenir d’informations sur son lieu de détention, son état de santé ou sa situation juridique, et exigeant que son sort soit immédiatement révélé et que ses droits fondamentaux soient respectés.
De son côté, l’ancien ministre malien de la Justice, Mamadou Konaté, a estimé dans un communiqué que ce qui s’était passé constituait « une violation flagrante des règles les plus élémentaires du droit et de la procédure », critiquant ce qu’il a qualifié d’actes hors du cadre de la loi commis « dans un climat d’impunité ».





