
Dans une démarche coordonnée qui reflète l’ampleur de la fracture diplomatique entre Washington et ses anciens alliés dans la région du Sahel, le Mali et le Burkina Faso ont annoncé dans la nuit de mardi soir à mercredi l’imposition d’une interdiction totale d’entrée sur leur territoire aux citoyens américains, emboîtant ainsi le pas à leur voisin, le Niger, qui avait pris une décision similaire quelques jours auparavant, en réponse aux restrictions de voyage récemment imposées par l’administration du président américain Donald Trump.
La « souveraineté nationale » pour faire face aux pressions occidentales
L’escalade a pris une tournure plus grave lorsque les autorités nigériennes ont annoncé, le 25 décembre dernier, l’interdiction de délivrer tout visa d’entrée aux citoyens américains et leur interdiction d’entrer dans le pays « pour une durée indéterminée ».
La source diplomatique nigérienne a qualifié cette mesure d’« interdiction totale et permanente » s’inscrivant dans ce qu’elle a appelé « la dynamique d’affirmation de la souveraineté nationale ».

Quelques jours plus tard, Bamako et Ouagadougou se sont joints à cette « dynamique » collective, annonçant dans deux communiqués distincts l’adoption de la même mesure sur la base du principe de « réciprocité ».
Depuis leur arrivée au pouvoir, les régimes militaires au pouvoir à Bamako, Ouagadougou et Niamey ont commencé à utiliser le dossier de la « souveraineté nationale » comme un outil essentiel pour faire face aux pressions occidentales et consolider leur pouvoir.
Le général Abdoulaye Tiéna au Niger, le colonel Assimi Goïta au Mali et le capitaine Ibrahim Traoré au Burkina Faso adoptent une approche radicale à l’égard de leurs partenaires internationaux traditionnels.
Ces régimes, issus d’un milieu militaire rigoureux, considèrent les restrictions américaines comme un « ciblage politique » et une « atteinte à la souveraineté de l’État », visant essentiellement à faire pression sur les chefs militaires qui ont remplacé la coopération sécuritaire avec Washington et Paris par de nouveaux partenariats stratégiques et militaires avec Moscou.
Les motivations de Washington et les craintes du « Sahel »
La Maison Blanche a justifié l’extension de l’interdiction de voyager, qui doit entrer en vigueur début janvier 2026, par ce qu’elle a qualifié de « lacunes graves et persistantes » dans les procédures de contrôle et d’échange d’informations sécuritaires dans ces pays, justifications que les trois capitales ont rejetées en bloc, estimant que la décision de l’administration Trump ignorait leurs efforts sur le terrain dans la lutte contre les groupes armés et cherchait plutôt à isoler leurs régimes sur la scène internationale.

La mesure prise par ces pays marque un profond changement dans la politique étrangère de la région du Sahel africain.
Après des années de coopération militaire étroite avec Washington, ces capitales ont choisi une politique de « œil pour œil », estimant que la dignité de la souveraineté nationale prime sur les intérêts diplomatiques traditionnels, ce qui place la région dans une nouvelle phase de confrontation et de rupture avec l’Occident sous la supervision de dirigeants militaires émergents qui rejettent les diktats extérieurs.





