Opinion

Orpaillage : Pourquoi l’échec des tentatives de l’élimination du Mercure ?

Introduction et Contexte
L’administration Mauritanienne, dans une courte durée, a pu réussir plusieurs défis organisationnels, administratifs et formels du secteur de l’orpaillage dans notre pays. Des problématiques posées à plusieurs grands pays dont l’orpaillage restent toujours une source de manque de stabilité, travail des mineurs, blanchiment d’argent, évasion fiscale, terrorisme…etc. Ces problèmes sont réduits voire quasi-éliminés du secteur en Mauritanie. Cependant, l’aspect environnemental de la pollution du mercure et de la sécurité lors de l’extraction du minerai reste des défis techniques majeurs dont fait face la Mauritanie.
Cet article examine l’échec de la plupart des projets de réduction et de l’élimination du mercure dans le secteur de l’orpaillage à l’international tout en espérant que l’analyse de cette historique aidera les parties prenantes dans notre cher pays à trouver une solution afin de mettre fin à ce problème.
L’implémentation d’une solution
La communauté scientifique a fait des efforts considérables pour révéler les impacts environnementaux et socio-sanitaires de la pollution du mercure dans l’AGM*. Pourtant, la résolution du problème de pollution du mercure a reçu peu d’attention de la part des Universitaires, ONG et de l’industrie minière conventionnelle. La sortie des nouvelles technologies pour réduire et éliminer le mercure n’a pas suffi à convaincre les orpailleurs d’adopter des pratiques plus propres, principalement du fait que les orpailleurs sont plus motivés par le profit (le taux de rendement de récupération en or) que par les conséquences environnementales et sanitaires. Les solutions les plus difficiles à mettre en place sont celles nécessitant un changement de comportement des orpailleurs. Les projets des différentes Administrations (De divers pays) en tiennent rarement compte et n’enquêteraient pas sur les besoins des orpailleurs et leurs motivations à changer de technique de traitement et surtout leurs compétences à adopter des pratiques plus propres.
Jusqu’à présent, les efforts visant à réduire/éliminer le mercure peuvent être regroupés dans l’une des deux grandes catégories :
. Approches environnementales et sanitaires
L’étude de niveau de contamination du mercure dans l’environnement et chez les individus a été l’approche principale des chercheurs académiques et des ONG afin d’attirer l’attention des autorités et des agences internationales sur le danger de la pollution du mercure dans le secteur de l’orpaillage.
Certains des mineurs tout comme certains de l’administration parfois ne croient pas aux dangers du mercure. A titre d’exemple, Les Autorités au Brésil ont demandé aux chercheurs scientifiques de fournir des preuves scientifiques tangibles prouvant que les orpailleurs souffriraient de la contamination au mercure. Personne n’a besoin d’analyser l’urine des orpailleurs brulant quotidiennement l’amalgame et respirant la vapeur du mercure pour démontrer qu’ils sont contaminés au mercure. En plus, Il est évident que tout le voisinage est aussi receveur des émissions de mercure. Cependant, l’intoxication si détectée, est une évolution de la contamination, et des examens neurologiques sont essentiels pour le diagnostic (Drash et al., 2022).
Des conséquences chroniques causées par l’intoxication liées à la vapeur du mercure dans l’orpaillage sont très bien documentées et des situations drastiques ont été publiées (Steckling et al., 2014, 2017). Malheureusement, les mineurs ne changent pas de pratique quand on leur présente des faits sur l’impact de l’intoxication du mercure à moins que les autorités imposent l’interdiction réelle de son utilisation.
Des orpailleurs témoignent qu’ils n’ont jamais assisté à la mort de quelqu’un à cause du mercure. Une fois un orpailleur m’a dit : ‘’ J’ai plus peur de plomb que du mercure…’’. Un autre a commenté : ‘’ Il parait que plus de gens vivent du mercure qu’ils en meurent…’’.
Même si le danger du mercure est assez documenté peu de gens y croient dans le secteur. A titre d’exemple, Remedios, une ville d’orpaillage en Colombie, a battu le plus grand record du nombre de cas enregistrés de la greffe rénale. Même si la preuve de la contamination du mercure basée sur des donnés de l’analyse de la contamination du mercure dans l’atmosphère de la ville et de l’urine des orpailleurs existe, les mineurs et leurs communautés continuent à ne pas le reconnaitre.
Une fois qu’une personne brule l’amalgame, lui et ses voisins sont contaminés au mercure. Un traitement spécial devrait être mise en place et des mesures préventives devront être prise en compte. Malheureusement, la plupart des équipes sanitaires locaux dans notre pays ne sont pas formés à ce type de traitement. En Colombie, lorsqu’une concentration élevée du mercure dans l’urine est détectée, les autorités fournissent un diurétique. Quand le niveau est réduit, généralement après un mois, l’orpailleur revient à la même pratique tout en pensant qu’il est guéri. Il ne réalise pas que le mercure dans l’urine ne corrèle pas avec les symptômes neurologiques, des signes d’intoxication peuvent apparaitre avec plus de temps en exposition.
. Approches technologiques

L’idée de l’approche est de démontrer et former les orpailleurs sur les différentes techniques de traitement sans mercure.
Récemment, ceci a été l’approche de plusieurs projets d’ONG et des Agences internationales. En 1990, L’idée principale pour ces projets a été de concentrer le minerai avant le traitement au mercure. Ceci réduit à 95% la quantité du mercure utilisé. Malgré les efforts, Quand les mineurs font face à des difficultés techniques à cause du manque de formateurs, ils retournent rapidement au processus classique de l’amalgamation. Un système de formation permanente est alors critique pour la réussite de cette approche.
Quand les orpailleurs vendent leur or à un comptoir autre que la banque centrale ou à un négociant en ville, l’acheteur brule le doré avec du borax pour éliminer les impuretés et évapore 2-5% du mercure souvent associé avec le doré. Durant ce processus, les voisins de l’acheteur et son entourage sont gravement contaminés avec du mercure. Le USEPA(Unites States Environmental Protection Agency) (2020) concentre les efforts pour la réduction du vapeur de mercure émis par les petites raffineries et comptoirs par le développement et installation des hottes avec filtres.
Le GEF/UNPD/UNIDO Global Mercury Project a introduit une simple hotte pour les comptoirs en Indonésie pour condenser la vapeur du mercure dans l’eau. Cette hotte à 35US$ capte 90% du vapeur de mercure émis lors de cette opération. Ces mesures ont été efficaces pour la réduction de la pollution du mercure pour les comptoirs et les négociants acheteurs de l’or.
Dans les 40 dernières années, plusieurs publications proposent des méthodes de traitement sans mercure ((Priester et al., 1993; Veiga et Meech, 1995; Hentschel et al., 2002; Veiga et al., 2006; Sousa et al., 2010; Veiga et al., 2014b; Veiga et Correa, 2019). Le GEF/UNDO/UNIDO Global Mercury project(2002-2007) était un projet fondamentale dont 30,000 orpailleurs de 6pays(Brésil, Indonésie, Laos, Soudan, Tanzanie et Zimbabwe) ont reçu une formation sur les impacts sanitaires et environnementaux du mercure mais aussi sur l’utilisation des équipements de concentration gravimétrique sans avoir recours à l’utilisation du mercure. A la fin de ce projet de l’UN qui a duré 6ans, Très peu d’orpailleurs ont continué avec les méthodes apprise lors du projet. Shandro et al. (2009) ont fait la même remarque lors de leur visite des sites d’orpaillage en Mozambique où les orpailleurs ont reçu une formation de quatre ans sur les techniques de réduction et de recyclage du mercure avec des cornues. La même histoire se répète avec UNIDO Colombia Mercury Project.
Du fait que la cause principale de la pollution du mercure est l’amalgamation du minerai brute, la concentration gravimétrique avant le traitement chimique permettra de réduire la masse du minerai à être traitée avec du mercure à moins de 10%. Des projets internationaux ont montré les différentes techniques de concentration mécanique à tester sur le terrain dépendant du contexte de chaque pays, du business model, type du minerai…espérant que les orpailleurs vont apprendre à opérer et acheter (ou Fabriquer) leurs équipements. Des techniques simples ont été démontrées en Colombie par un projet sponsorisé pat le CICAN (Colleges and Instutues Canada). Ce projet a développé une série de concentrateurs artisanaux pour être utilisés par les micro-mineurs, ceux qui traitent moins de deux tonnes par jour. Cependant ce type de solutions n’est pas adapté au business model Mauritanien car la pollution provient d’un centre de traitement (regroupé et contrôlé par l’administration) et non par les orpailleurs eux-mêmes.
Sans une technique de traitement permettant de séparer/libérer l’or des autres minerais mais aussi à récupérer les particules fines d’or, Les mineures vont continuer à utiliser la technique inefficace d’amalgamation au mercure actuelle. L’or épais peut être séparer dans un circuit de concentration gravimétrique, utilisant par exemple une centrifugeuse+Table à secousses suivi d’une fusion directe par du Borax, ceci est insuffisant pour obtenir un taux de rendement assez élevé. L’or fin, ne peut pas être concentrer par méthode gravimétrique, devrait être récupéré par Flotation suivi de la cyanuration ou cyanuration direct. Ceci est une Flowsheet classique utilisé par plus de 2000 grandes mines internationales et, avec adaptation est aussi valide pour le secteur de l’orpaillage artisanal.
La lixiviation est la meilleure méthode de l’extraction de l’or fin venant d’un circuit de concentration gravimétrique, mais cette méthode est la plus difficile à utiliser d’une manière artisanale et peut être extrêmement dangereuse sur la vie des orpailleurs si elle n’est pas opérée dans un contexte adéquat. Dans le long terme, le cyanure est moins dangereux que le mercure car la principale forme toxique de Cyanure est biodégradable (peut être décomposé naturellement ou avec des réactifs d’oxydation). D’autres produits chimiques ont été testés tout comme Iodide-iodine est utilisé par la mine de EnviroLeach Technologies (2020) avec une efficacité élevée pour la cyanuration du concentré et de résidus dans un délai assez court. La technique est moins chère que la Cyanuration car l’agent est recyclable. L’utilisation de Cyanogène et autres compositions organiques est aussi intéressante pour la cyanuration de l’or issu d’un circuit de séparation gravimétrique. Comment ces techniques peuvent-elles être adopté à l’orpaillage ? Ceci nécessitera un travail de changement extrême de business model actuelle dans notre pays.
La plupart des projets des tentatives de l’élimination du mercure ont été menés par des individus avec très peu de connaissance sur la métallurgie de l’or. C’est fréquent de voir que certains des interventionnistes croient qu’une seule technique de traitement fonctionne pour tout type de minerai comme la méthode Borax (Appel et Na-Oy, 2011) une technique très rependue d’éliminer le mercure en AGM. Le Borax (Na2B4O7. 10H20) est utilisé par des artisans depuis la civilisation égyptienne comme technique de fusion rapide de l’or. Dans ce processus, le mineur devrait concentrer l’or par gravimétrie pour une très haute teneur de concentration avant la fusion directe. Les métallurgistes savent que plus tu concentres, plus tu perds de l’or, Autrement dit, Un concentré très riche veut dire que la teneur initiale est élevée mais le taux de rendement est faible. Bien sûr qu’il y a des exceptions, par exemple, quand les particules de l’or sont relativement épaisses et complètement libérées. Si un concentré n’est pas très riche la couche formée par silicates, oxydes, et borax portera la majorité de l’or. Est-il possible de convaincre les artisans d’utiliser un processus de traitement avec une perte de 90% de l’or dans les résidus pour avoir un concentré extrêmement riche afin de faire la fusion directe avec Borax ? Convaincra a-t-il les orpailleurs à arrêter l’utilisation du mercure !
L’approche éducative et technologique reste l’approche la plus prometteuse, mais les interventions devront être étudiées et planifiées avec les orpailleurs eux-mêmes et non pas seulement avec les sponsors du projet. La technologie n’est pas la panacée pour éliminer l’amalgamation mais dans un court terme, peut réduire la pollution du mercure. La grande majorité des interventions se concentre sur l’idée d’amener des techniques sans mercure pour les mineurs, ce qui n’a pas pu aboutir à l’objectif final. L’initiative d’un centre de formation, comme une source permanente de support technique pour les orpailleurs, a été proposée à plusieurs autorités de divers pays souffrant de cette problématique. Malheureusement les gouvernements préfèrent renforcer la formalisation des orpailleurs au lieu de les former et développer leurs compétences techniques.

. Conclusion
Les problèmes environnementaux et sanitaires associés à la pollution du mercure n’ont pas été résolus par les campagnes de sensibilisation, régulations ou l’implémentation de nouvelles techniques (sans un centre de formation).
Les projets de lutte contre le mercure grâce aux nouvelles technologies ont une durée limitée, faible Impact sur le changement des pratiques toxique des orpailleurs. Concentration gravimétrique toute seule ne suffira pas car n’apportera pas de solution durable et ça sera difficile de convaincre les orpailleurs de changer de technique de traitement. Une centaine des solutions existent pour éliminer complètement le mercure dans l’AGM, mais l’implémentation de ces techniques nécessitera un centre de formation quasi permanant pour former les orpailleurs sur l’utilisation de ces techniques et pour répondre aux difficultés techniques dont ils peuvent faire face dans le futur comme le changement de lithologie.
La sensibilisation des impacts environnementaux et sanitaires n’a pas convaincu les orpailleurs, encore, de changer de pratique. Premièrement, Par ce que les orpailleurs ne lisent pas encore moins ne croient pas aux résultats des études scientifiques et deuxièmement, du fait que les autorités n’ont pas encore prisent d’engagement clair sur l’interdiction du mercure dans le pratique. La formalisation et les approches légales sont les mesures préférées des gouvernements et des agences internationales. Ce qui n’a pas fonctionné et n’a pas atteint la plupart des orpailleurs car le processus de formalisation est souvent extrêmement bureaucratique.
Ces solutions sont souvent spécifiques dans leur objectif et ne prend pas en considération la complexité du problème. En conséquence, Le nombre d’orpailleurs informel et la pollution du mercure ne cesse d’augmenter. Les Projets devraient se focaliser sur le changement du business model des orpailleurs au lieu de dépenser des millions sur la formalisation.
Le système de cohabitation, où les orpailleurs vendent leur concentré à des entreprises formelles et régularisées, est la meilleure option pour éliminer l’utilisation du mercure et la formalisation du secteur. Ceci a bien été réussi dans les pays de l’Amérique latine. Le problème principal pour les orpailleurs est de pleinement accepter un système de vente de leur minerai du fait qu’ils n’ont pas de connaissances sur les techniques de mesures de teneurs et les procédures de l’échantillonnage. Jusqu’à présent, les orpailleurs n’ont pas de technique artisanale exacte pour déterminer la teneur en or dans leur concentré. Seulement les entreprises acheteurs possédant des labos d’analyse chimiques sont à mesure de la déterminer. Ceci est la principale origine de suspicions qui peuvent générer des conflits entre orpailleurs et acheteurs du concentré. Deux solutions peuvent être implémentés :

(1): Créer une fiabilité dans les techniques d’échantillonnage et les processus analytique
(2): Introduire une entité gouvernementale indépendante qui recevra le minerai de l’orpailleur, pour le préparer, l’analyser avant le processus de la vente

Entreprises promettant la RSE (Responsabilité Sociétale) devront fournir des preuves concrètes et visibles sur les bénéfices et valeurs portés aux communautés locales, en particulier celle de l’orpaillage. Tout model de cohabitation devra être encouragé à travers des discussions entre toutes les parties prenantes pour établir une relation de confiance. Le processus de cohabitation entre les orpailleurs et les entreprises de traitement est la meilleure solution pour les mineurs qui recevront une juste rémunération en échange de leur minerai et une assistance technique de la part des entreprises. Ceci est économiquement bénéfique pour le gouvernement, orpailleurs et entreprise de traitement. Ce model réduira les conflits et les tensions entre les différentes parties prenantes. Les propriétaires des usines de traitement devront être plus tolérants et travailleront ensemble avec les orpailleurs pour éviter les accidents d’effondrements des puits.
La cohabitation est la seule approche qui a permis d’éliminer complètement l’utilisation du mercure. Les orpailleurs ont fait plus de profit avec cette solution qu’à l’époque de l’amalgamation et leurs problèmes de santé et d’environnement ont été drastiquement réduite.

Mohamed Lamine TARR- Ingénieur Métallurgiste
+22231573157/ [email protected]

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