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Le président mauritanien en France : des enjeux sécuritaires et économiques dans un contexte régional complexe

Le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani est descendu de son avion à l’aéroport d’Orly, à Paris, au cours d’une cérémonie d’accueil officielle qui reflétait le caractère de cette visite. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est avancé vers lui et lui a serré la main en souriant, dans une scène chargée de significations protocolaires qui reflètent l’accueil chaleureux réservé par la France à cette visite ainsi que ses implications politiques et diplomatiques.

Ould Cheikh El Ghazouani a entamé une visite à Paris qualifiée de visite d’État, la première du genre pour un président mauritanien depuis plus de six décennies, dans le cadre d’une étape considérée comme la plus élevée dans l’échelle des visites officielles entre États.

Les visites d’État constituent le plus haut niveau de l’action diplomatique et sont soumises à des dispositions et protocoles rigoureux et stricts qui reflètent le caractère symbolique de l’événement.

Sur le tapis rouge, la France a continué à manifester le caractère solennel de l’accueil réservé au président mauritanien, qui a été accueilli par la musique militaire et les hymnes nationaux, avant que la communauté mauritanienne n’organise une réception ultérieure à son lieu de résidence.

La présidence de la République a déclaré que la visite d’État effectuée par le président en France, à l’invitation de son homologue français Emmanuel Macron, constituait une avancée significative reflétant un regain d’élan diplomatique et ouvrant de nouvelles perspectives pour le renforcement de la coopération entre les deux pays.

Selon certaines sources, les discussions entre les deux chefs d’état porteront principalement sur les questions de sécurité liées à la lutte contre le terrorisme, à l’immigration clandestine et aux tensions dans la région du Sahel.

Le journaliste Adama Diabira a déclaré que cette visite revêtait « une grande importance symbolique », reflétant la volonté de faire évoluer les relations bilatérales vers un partenariat stratégique plus profond entre les deux pays.

Il a ajouté que cette visite intervient à un « moment régional délicat », compte tenu des défis sécuritaires auxquels est confrontée la région du Sahel, notamment en matière de lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine, soulignant que « Nouakchott apparaît dans ce contexte comme un partenaire central de la France dans la région ».

Cette visite intervient alors que l’influence française dans la région du Sahel africain a reculé ces dernières années, au profit de la Russie et de la Chine, parallèlement à la montée en puissance de militaires prônant un discours révolutionnaire contre l’héritage colonial au Mali, au Niger et au Burkina Faso.

Dans ce contexte, le journaliste estime que le recul de l’influence française dans plusieurs pays du Sahel, dont le Mali, le Niger et le Burkina Faso, « renforce l’importance du rôle mauritanien dans la stabilité régionale et la coordination sur les grands dossiers, notamment celui de la lutte contre les groupes armés ».

Le journaliste a souligné que la Mauritanie constitue un cas particulier dans une région en proie à des tensions où les groupes armés sont actifs, et qu’elle incarne un modèle de « stabilité » au Sahel, ce qui en fait un atout majeur.

Malgré l’évolution de la carte des influences au Sahel, la Mauritanie a maintenu son partenariat avec l’Occident, notamment sur le plan militaire, en élargissant sa coopération avec l’OTAN et les alliés européens.

Cette visite s’inscrit dans le contexte de relations politiques stables entre les deux présidents, Ould Cheikh El Ghazouani ayant défendu à plusieurs reprises le rôle de la France dans la région du Sahel.

Dans une interview accordée au journal Le Figaro en 2023, il a qualifié le retrait militaire français du Niger de « nécessaire », sans pour autant le qualifier d’échec, attribuant la montée des sentiments anti-français à un « malentendu » entre partenaires traditionnels, amplifié par des campagnes sur les réseaux sociaux.

Cette position diffère du discours des pays de la Coalition des États du Sahel, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, et qui ont accusé à plusieurs reprises Paris de soutenir les groupes armés.

La deuxième journée de la visite sera consacrée au renforcement du partenariat économique et de la coopération en matière de sécurité, avec un programme comprenant une visite à Brest, où les discussions porteront sur les questions de sécurité maritime et d’immigration.

Le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani doit participer vendredi à une réunion avec l’organisation internationale MEDEF afin d’étudier les possibilités d’élargir la coopération économique entre la Mauritanie et la France.

Malgré l’augmentation des exportations françaises vers la Mauritanie ces dernières années, notamment dans les domaines des céréales, des médicaments et des produits industriels, les investissements français restent principalement concentrés dans le cadre de l’aide au développement, Paris étant le premier partenaire dans ce domaine.

La présidence française cherche à insuffler un nouvel élan aux relations bilatérales, soulignant une « dynamique positive » et un intérêt croissant des entreprises françaises pour des secteurs tels que les énergies renouvelables, les infrastructures et les services d’assainissement.

Le volume des échanges commerciaux reste toutefois limité, s’élevant à environ 323 millions d’euros en 2023, contre des niveaux bien plus élevés avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

 

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