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Libération des otages du Mali : la France a fait monter les enchères

Alioune Touré, assis aux côtés du chef du groupe armé Nousratou Al Islam We Al Mouslimin, Iyad Ag Ghali, paraît heureux d’être revenu en même temps que 200 de ses compagnons parmi le groupe, après avoir été échangé avec des otages que détenait l’organisation.

Ils sont revenus et avec eux 30 millions d’euros et des dizaines de questions à propos de l’efficacité de la lutte contre le terrorisme au Sahel.

Somptueuse soirée pour célébrer ce retour avec faste, des tables garnies de mets succulents et sur lesquelles sont dispatchés les billets de l’euro, distribution de sucreries, de boissons mais aussi de larges sourires.

Serait-ce une manière d’exhiber leur amour pour la vie ou un comportement passager pour célébrer la victoire ?

Plusieurs mois de négociations ont permis la libération de 200 combattants du groupe Nousratou Al Islam We Al Mouslimin qui étaient détenus dans les prisonniers maliennes avec encore, à la clé, une rançon de 30 millions d’euros, pour obtenir la libération du chef de l’opposition malienne Soumaïla Cissé et trois otages occidentaux, une française et deux italiens.

L’accord a été obtenu alors que depuis plusieurs années il n’y a pas eu de versement de rançons dans la région du Sahel.

Un moment d’euphorie pendant lequel les combattants du groupe et leurs chefs ont relégué au second plan leur grande bataille, leurs armes se sont tues pour laisser place à la fête et aux tambours de la victoire qui se noient dans les délices de la vie.

Le groupe Nousratou Al Islam WE Al Mouslimine s’est constitué en 2015 par la fusion de quatre groupes liés à Al Qaida dans le Maghreb islamique, ce qui a fait de lui la plus grande organisation djihadiste dans la région du sahel Africain.

Cette opération d’échange de prisonniers contre des otages pose un certain nombre de questions à propos des exigences des parties qui négocient, notamment le groupe armé.

Quel acquis pour chacune d’elle et comment la France a pu libérer Sophie le dernier otage français détenu dans le monde.

Difficile négociations

Les négociations n’ont pas été faciles, bien au contraire elles ont été extrêmement compliquées, à en croire une source proche du dossier qui s’est confiée à Sahara Medias qui ajoute par ailleurs que des parties étrangères s’y sont invitées, quand bien même ces négociations avaient débuté entre le gouvernement malien et le groupe Nousratou Al Islam.

Sahara Medias a tenté de faire la lumière sur les tenants et les aboutissants de ces négociations qui étaient à deux doigts de réussir entre le gouvernement malien et le groupe armé, avant que n’intervienne la France et qu’elle complique le dossier, en s’érigeant en principal négociateur avec le groupe armé, qui se sentant en position de force, fera libérer certains de ses dirigeants parmi les plus aguerris.

Les informations obtenues par Sahara Medias révèlent que la médiation avait commencé grâce à une initiative d’un homme d’affaires d’origine malienne, ayant des liens particuliers avec le chef de l’opposition malienne Soumaïla Cissé, le gouvernement malien désireux de faire libérer l’opposant afin de réaliser des acquis politiques dans un climat électoral et politique tendu.

Selon les sources de Sahara Medias l’intervention de l’homme d’affaires a amené le président Ibrahim Boubacar Keita à confier le dossier à son premier ministre qu’il a chargé d’entamer des négociations avec les ravisseurs.

Pour cela il fallait trouver un intermédiaire sûr et il se trouvait que l’homme d’affaires malien qui avait contacté l’homme d’affaires mauritaniens Moustapha O. Limam Chaffi.

Celui-ci cumule une grande expérience dans les négociations avec les preneurs d’otages pour avoir pris part à certaines négociations il y a près de 10 ans pour la libération d’otages occidentaux détenus au Sahel.

Mais O. Limam Chaffi qui s’est excusé auprès du premier ministre malien prétextant qu’il était loin du domaine, a précisé que de tels dossiers exigent une présence sur le terrain, le contact avec les différentes parties afin de pouvoir faciliter la libération des otages.

L’homme d’affaires malien, selon nos sources, après de fortes pressions, aurait fini par convaincre O. Chaffi d’aider à faciliter les négociations pour la libération du chef de l’opposition malienne et celui-ci a proposé un autre homme d’affaires, Chérif Taher, un ressortissant de la ville de Gao qui s’est excusé lui aussi à son tour.

La raison invoquée par ould Taher était claire et toute simple : il n’avait pas confiance au gouvernement malien ni à ses promesses, et du coup comment pouvait-il convaincre le groupe djihadiste de croire en qui il n’avait pas confiance lui-même.

Il était évident que pour la réussite de la mission il fallait nécessairement un certain niveau de confiance.

L’homme d’affaires malien a fait valoir ses relations avec O. Chaffi pour convaincre ould Taher d’entreprendre la médiation, qui est sortie de l’usage le médiateur ayant refusé toute aide logistique ou financière du gouvernement malien, soit parce qu’il n’avait pas confiance ou parce qu’il n’était pas dans le besoin.

Début encourageant

Le médiateur a rencontré les négociateurs du groupe Nousratou Al Islam et a confirmé, à son retour, que le chef de l’opposition malienne était bien prisonnier du groupe et qu’il était en bonne santé, des informations suffisantes pour convaincre les maliens de poursuivre les négociations.

La première exigence des ravisseurs pour libérer le chef de l’opposition malienne était le paiement d’une rançon de deux millions d’euros et la libération de 30 combattants de la tribu « Voullane », membre du groupe dirigé par Amadou Kouffa, émir du front de libération du Macina.

Le gouvernement malien a immédiatement accepté les exigences du groupe armé, car la libération du chef de l’opposition était devenue une revendication populaire et le président IBK en avait besoin pour marquer des points sur la scène politique.

Les choses allaient naturellement et on commençait à évoquer l’imminence de la libération de l’opposant, car après à l’issue du dernier voyage du médiateur, un avion était prêt pour transporter Soumaïla Cissé et toutes les dispositions étaient prises pour finaliser l’accord, avant qu’intervienne la France auprès du président Keita.

L’ambassadeur français au Mali a rencontré directement le premier ministre auquel il a demandé d’interrompre les négociations avec le groupe Nousratou Al Islam.

Selon les sources de Sahara Medias le diplomate français a dit au premier ministre malien que la réussite de la médiation et la libération du chef de l’opposition allait embarrasser la France si l’otage français n’était pas inclus dans l’échange.

Le gouvernement malien qui s’est plié aux pressions françaises a arrêté les négociations avec le groupe armé alors que la conclusion d’un accord était à portée de la main.

Interrogé sur ce revirement, le président Ibrahim Boubacar Keïta a déclaré « les maîtres (français) ont fait pression sur nous pour abandonner le dossier ».

La gestion française

La France a pris en main le dossier, le gouvernement malien s’étant retrouvé simple spectateur passif sans aucun rôle à jouer.

Le dossier sera confié au chef des renseignements maliens, Moussa Diawara auquel on a demandé d’intégrer la libération de l’otage français, Sophia, dans l’accord de même que les deux otages italiens.

Selon les informations obtenues par la France le dossier de l’otage français était aux mains d’un négociateur Ag Biby depuis plus d’un an et celui des otages italiens entre les mains d’un médiateur nigérien Mohamed Akoueyti.

Celui-ci, une personnalité influente au sein de Touaregs du Niger, occupe le poste de conseiller du président Mouhamedou Issoufou et avait déjà permis la libération d’otages occidentaux notamment ceux de la société française Arlit.

L’entrée en lice de la France changera radicalement l’option naguère envisagée par le mouvement armé.

Après s’être assuré que Paris voulait des négociations, qu’elle se tapissait à l’ombre et que la question des otages occidentaux était désormais posée sur la table, le groupe Nousratou Al Islam a mis haut le plafond de ses revendications.

La rançon a été portée à 10 millions d’euros pour chacune des trois parties concernées (Mali, France et Italie) en plus de la libération, non plus de 30 combattants, mais de 200 détenus dans les prisons maliennes.

Les parties concernées ont souscrit aux exigences du groupe armé, ce qui a permis à celui-ci d’obtenir sa première rançon depuis sa création, il y a 5 ans, de consolider son influence dans le centre malien, lui qui mène une guerre féroce contre l’organisation de l’état islamique dans le grand Sahara.

De nouveaux combattants

L’ancien diplomate Iyad Ag Ghali, actuel chef du groupe Nousratou Al Islam We Al Mouslimine, a réussi d’importants acquis politiques et matériels à travers cet accord.

Mieux encore le fait de renforcer ses effectifs avec 200 combattants aguerris dont des dirigeants d’Al Qaida, est l’acquis le plus important dans la guerre féroce qu’il livre à Daech.

Parmi les détenus libérés 5 dirigeants d’Al Qaida fait prisonniers par l’armée française sur la frontière entre la Libye et le Niger, dans une zone coupée du monde où ne se rendent que les personnes particulièrement dangereuses.

Ceux-ci sont accusés d’être impliqués dans l’attaque de l’hôtel « Adisson Blue », la plus grave opération menée contre Bamako, la capitale malienne.

Parmi les personnes libérées un dirigeant répondant au nom de Brahim alias « FAWAZ », de nationalité mauritanienne ayant participé à toutes les grandes opérations menées par Al Qaida dans la région du Sahel et en Afrique de l’ouest, y compris une opération armée dans la moughata de Tevrag Zeina à Nouakchott, au terme de laquelle il a pu s’échapper.

Il avait également participé à la préparation de la tentative avortée d’attaque en Côte d’Ivoire.

Arrêté en même temps que deux égyptiens, il est aujourd’hui libre grâce à cette opération d’échange réalisée au Mali.

Ainsi le groupe Nousratou Al Islam We Al Mouslimine retrouve une élite de ses combattants mais aussi d’autres aguerris d’Al Qaida en pus d’une enveloppe de 30 millions d’euros.

Ceci est de nature à renforcer les capacités de nuisance de ce groupe armé particulièrement actif dans le centre du Mali.

 

 

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