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Mali : les concessions du président se poursuivent et la tension politique prend de l’ampleur

Le président malien Ibrahim Boubacar Keita a dissous hier la cour constitutionnelle « du fait de la réalité » et décidé de reprendre les élections législatives dans les circonscriptions objet de discorde.

De nouvelles concessions deux jours après d’importantes manifestations réclamant sa démission, accompagnées de violences qui ont fait des morts et des dizaines de blessés en plus de l’arrestation de dirigeants de l’opposition.

Le Mali connait depuis quelques années des tensions politiques et sociales en plus de crises sécuritaire et économique, qui se sont accentuées après les dernières élections législatives fin mars dernier, après que l’opposition ait accusé le pouvoir de fraude, et indexé la cour constitutionnelle dont certains membres ont démissionné suite à des divergences entre eux.

Le chef de l’opposition, Soumaïla Cissé, enlevé fin mars alors qu’il était en compagne dans la région de Tombouctou, est toujours aux mains de ses ravisseurs, sans que le pouvoir ait pu obtenir sa libération, malgré les promesses faites par le président Keita lors de ses différentes rencontres avec l’opposition.

Deux mois après les élections et l’enlèvement du chef de l’opposition, de nouvelles alliances se sont constituées, dirigées par des Imams et regroupant des mouvements de la société civile et des activistes politiques.

Celles-ci sont descendues dans la rue le 5 juin dernier avec pour seul leitmotiv la démission du président de la république.

Mais la dernière manifestation organisée vendredi dernier, la troisième de l’opposition depuis un mois, avait débordé et quatre personnes au moins ont été tuées et des dizaines d’autres blessées.

Des scènes de pillage ont également eu lieu dans ce pays dont la récente histoire a connu des soulèvements populaires sanglants.

Des édifices publics ont été vandalisés, le parlement, la télévision et le quartier administratif et l’internet a été perturbé.

L’opposition avait invité ses partisans à la désobéissance civile afin d’obliger le président à la démission, une désobéissance civile qui s’est transformée en scènes de violences à grande échelle et l’anarchie a gagné bon nombre de quartiers de la capitale, Bamako.

Dans son discours qui a suivi ces évènements, le président Ibrahim Boubacar keita a dit qu’une enquête a été ouverte pour identifier ceux qui sont à l’origine de l’instauration de l’anarchie dans le pays.

Des dirigeants du mouvement d’opposition ont effectivement été interpellés et la police a effectué une descente samedi matin dans les sièges des mouvements d’opposition qui ont accusé la police d’avoir attaqué pillé leurs locaux.

Les nouveaux développements et notamment l’arrestation de certains dirigeants du mouvement constituent une nouvelle détérioration des relations entre l’opposition et le pouvoir, d’autant que la première avait abandonné sa principale revendication, la démission du président qui l’avait reçu au palais de la présidence et négocié avec elle.

L’opposition est ensuite revenue à sa première revendication, c’est-à-dire la démission du président, accusé d’inconsistance dans ses négociations avec elle et de refuser de faire des concessions concrètes.

En renonçant à réclamer la démission du président, l’opposition lui avait proposé un poste de président honorifique, sans pouvoirs, avec une feuille de route pour une sortie de crise à travers une période transitoire que devra diriger un premier ministre, choisi par l’opposition, avec pleins pouvoirs.

Lors de sa rencontre avec les dirigeants de l’opposition la semaine dernière au palais présidentiel, IBK leur avait proposé de participer à un gouvernement d’union nationale et de poursuivre les négociations avec la majorité, une proposition rejetée par l’opposition qui estime que celle-ci ne dispose pas de pouvoirs ni une capacité de prendre une décision.

Malgré tout cela les concessions du pouvoir se sont poursuivies, le premier ministre Boubou Cissé a déclaré samedi qu’il travaillait à la formation d’un gouvernement d’ouverture dans les meilleurs délais.

En se rendant aux chevets des blessés le premier ministre a dit que le chef de l’état et lui restaient ouverts au dialogue et que rapidement il constituera un gouvernement d’ouverture pour faire face aux défis du moment.

Le président Keita avait limogé le gouvernement après la sortie de la première manifestation jeudi 5 juin et avait demandé au premier ministre reconduit, de former un gouvernement d’union nationale, un gouvernement qui n’a pas vu le jour jusqu’à présent du fait des perturbations dans le pays.

Il apparaît clairement que la crise politique malienne est arrivée à un point de non-retour, ce qui inquiète grandement les pays voisins, qui craignent une explosion de la situation politique au Mali qui aura, sans aucun doute, des répercussions sur la sécurité régionale, dans un contexte sécuritaire très fragile dans plusieurs régions du Mali.  

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