Nécrologie : décès de Boubacar Ould Messaoud, icône de la lutte pour les droits humains

Le militant mauritanien des droits humains, Boubacar Ould Messaoud, président de l’organisation « SOS esclaves », est décédé ce jeudi à l’aube à Nouakchott, à l’âge de 80 ans, après une longue carrière consacrée à la défense des victimes de l’esclavage et à la lutte contre la servitude.
Né au milieu des années 40 dans la région de Touékendi, Ould Messaoud a passé son enfance sous le joug de l’esclavage, travaillant comme berger, dans les champs et comme domestique, avant de se révolter contre la réalité de l’esclavage.
Son admission à l’école fut le fruit du hasard, lorsque le directeur français de l’établissement intervint pour l’inscrire après que ses « maîtres » l’en eurent empêché. Ce fut le début de son parcours vers l’éducation et la liberté.
Il a fait ses études à Nouakchott, puis à l’école d’ingénieurs de Bamako, avant d’obtenir une bourse pour étudier l’architecture à Moscou, où il a été influencé par la pensée socialiste européenne. Il est revenu en Mauritanie en 1974 en tant qu’architecte et a réalisé le projet du quartier de Socogim à Nouakchott. Tout en poursuivant son action en faveur des esclaves.
En 1979, il a fondé le mouvement « Al-Hour » avec un groupe d’intellectuels issus de la classe des esclaves, avant que le mouvement ne soit réprimé par les autorités militaires et que ses membres ne soient jugés devant un tribunal militaire à Rosso.
Cette campagne a abouti à l’adoption d’une loi abolissant et criminalisant l’esclavage, et à leur libération.
Ould Messaoud a poursuivi son activité militante et a été arrêté en janvier 1992 après des affrontements entre les partisans du candidat à la présidence Ahmed Ould Daddah et la police. En juin de la même année, il a fondé le Front uni pour le changement (FDUC).
Le 16 février 1995, il a fondé l’organisation « SOS esclaves » qui a suivi les affaires d’esclavage devant les tribunaux et dénoncé la complicité des autorités locales, en mettant l’accent sur l’éducation des Haratines et leur droit à occuper des fonctions publiques.
Il a été arrêté à plusieurs reprises, notamment en 1998 et 2002, pour avoir dénoncé des cas d’esclavage et poursuivi les propriétaires d’esclaves.
Malgré son âge avancé, il a continué à lutter contre la discrimination sociale et de classe, appelant à des politiques de discrimination positive pour compenser les années de privation subies par les Haratines.
Ould Messaoud a contribué à la promulgation de lois criminalisant l’esclavage en 2007 et 2015, en plus de la loi promulguée en 1981, affirmant que l’éradication de l’esclavage passe par l’éducation et l’égalité des droits.




