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Nécrologie : décès en Espagne de Khalil Ould El Tayeb, figure emblématique du mouvement « nassérien » en Mauritanie

Le leader politique mauritanien de premier plan et ancien député Khalil Ould El Tayeb est décédé dans la nuit de vendredi à samedi en Espagne, à l’âge de 70 ans, après avoir lutté contre la maladie, mettant ainsi fin à une longue et mouvementée carrière dans la vie politique mauritanienne.

Ould El Tayeb est considéré comme l’une des figures emblématiques du prolongement intellectuel du mouvement nassérien en Mauritanie, et comme un personnage central qui a traversé des décennies de bouleversements politiques et parlementaires, passant du camp de la majorité au pouvoir à celui de l’opposition radicale.

Le défunt a documenté une grande partie de cette carrière mouvementée dans des mémoires récemment publiées sous le titre « Sira wa Messira » (Biographie et parcours).

Ould El Tayeb a commencé sa carrière politique en tant que jeune cadre adhérant à la pensée nassérienne qui faisait partie du groupe fondateur du Parti républicain démocratique et social (PRDS), qui soutenait l’ancien président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya au début des années 1990.

Ce rôle a marqué le point de départ d’un projet politique visant à unir les efforts des cadres nationaux sous l’égide du régime alors en place.

Mais la trajectoire politique de Ould El Tayeb s’est rapidement orientée vers l’opposition, puisqu’il a démissionné avec son groupe nassérien du Parti républicain en 1997 pour rejoindre immédiatement les rangs de l’opposition représentée par le Parti de l’union des forces démocratiques, dirigé par Ahmed Ould Daddah.

Son engagement dans l’opposition s’est ensuite renforcé lorsqu’il a rejoint en 2002 le Parti de l’alliance populaire progressiste, où il est devenu un leader de premier plan et a représenté le parti au Parlement en tant que député, affirmant ainsi sa présence en tant que voix active de l’opposition sous la coupole de l’institution législative.

Dans un tournant politique décisif de sa carrière, Ould El Tayeb est revenu ces dernières années dans le camp de la majorité, passant des rangs de l’opposition à ceux des partisans de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Ce revirement a été couronné par un poste de haut niveau, puisqu’il a été nommé en décembre 2019 vice-président du parti au pouvoir, l’Union pour la République, concluant ainsi une longue carrière politique à la tête de la plus grande formation politique du pays.

Avant son décès, le défunt était au cœur du débat politique qui a dominé les couloirs du parti Union pour la République (actuellement Insaf) au pouvoir, connu sous le nom de « crise de référence ».

Le principal différend au sein du parti portait sur la définition de la référence politique que l’organisation devait adopter, en particulier après que l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz ait cédé le pouvoir à l’actuel président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.

La question posée était la suivante : la référence reste-t-elle le président fondateur Ould Abdel Aziz, ou passe-t-elle à l’actuel président Ould El Ghazouani ?

Ould El Tayeb a joué un rôle décisif dans le règlement de ce débat en faveur de l’actuel président.

Il a alors clairement annoncé que le parti avait décidé que Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani serait la nouvelle et unique référence du parti, affirmant que celui-ci deviendrait un « parti institutionnel » ouvert à tous.

Ses déclarations reflétaient l’existence d’un front puissant au sein du comité directeur du parti qui poussait à mettre fin au lien de référence avec l’ancien président, ce qui a conduit à des tensions et à de vives disputes, notamment son différend public avec le dirigeant Boidjel Ould Hamid, qui représentait un courant ayant une position différente sur cette question sensible.

 

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