(Brahim El Herim depuis Dakar)
Des rues plongées dans l’obscurité et des manifestants brandissant des bougies… La même scène se répète à Banjul, la capitale gambienne, et dans d’autres villes, alors que la population continue de protester contre les coupures d’électricité à répétition.
Les manifestations, qui se sont intensifiées depuis lundi dernier, n’ont pas cessé malgré les promesses du président Adama Barrow de résoudre le problème d’ici la fin du mois d’octobre.
Mercredi soir, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes gambiennes, marquant une extension de l’ampleur des manifestations nocturnes qui se poursuivent pour la troisième journée consécutive.
Les manifestations de mercredi ont été marquées par quelques actes de violence : à Togering, au sud de la capitale, des manifestants ont incendié un poste de police et scandé des slogans anti-gouvernementaux, exigeant la démission du président Adama Barrow.
Dans d’autres localités, des manifestants sont descendus dans la rue, une bougie à la main, et ont scandé des slogans de colère contre le gouvernement et la compagnie d’électricité, exigeant une enquête sur les coupures d’électricité incessantes et « l’application des sanctions qui s’imposent à l’encontre de personnalités et de hauts responsables de la compagnie d’électricité ».
Hussein Jami, un habitant de Banjul, explique que l’électricité fait défaut depuis des semaines, ajoutant qu’il est sorti pour se joindre aux manifestations en raison des violences policières après que « des bombes lacrymogènes sont tombées à l’intérieur de ma maison ».
Des solutions sous pression
Dans un discours prononcé mardi soir, le président Adama Barrow a reconnu l’ampleur des souffrances causées par la crise à la population, soulignant les conséquences négatives des coupures d’électricité sur les foyers et les commerces, en particulier en cette période marquée par une forte hausse des températures.
- Barrow a expliqué que la crise était due à la forte augmentation de la demande en électricité, qui a atteint des niveaux records, ainsi qu’à des pannes survenues dans des unités clés de production d’électricité, selon ses propres termes.
Afin d’apaiser la population, le président gambien a souligné que son gouvernement poursuivait ses efforts pour trouver une solution à la crise que traverse le pays, et a promis un retour à la normale de l’approvisionnement en électricité d’ici la fin du mois d’octobre, grâce à la mise en place de générateurs dont la capacité de production couvrira les besoins.
Le président gambien a souligné que la crise actuelle exigeait une action urgente, mais il a exhorté ses concitoyens à rester calmes et les manifestants à ne pas « détruire ce qui a été construit ».
Ces assurances des autorités gambiennes interviennent alors que les manifestants intensifient la pression sur le président, qui brigue un troisième mandat en décembre prochain. Bien que les manifestations aient été spontanées et dépourvues de motivations politiques, la colère suscitée par les coupures d’électricité qui durent plusieurs heures a poussé les manifestants à réclamer la démission du président et à brandir des banderoles et des slogans hostiles à son régime.
Le président gambien s’était rendu en Guinée il y a quelques semaines afin de trouver une solution au problème de l’électricité, la Gambie étant alimentée par une ligne à haute tension commune.
Au cours de cette visite, les ministres gambien et guinéen de l’Énergie se sont rencontrés et ont discuté de solutions possibles, mais la Guinée connaît elle-même depuis peu une baisse de sa production, ce qui a eu un impact négatif sur sa capacité à répondre aux besoins de la Gambie.
Les manifestants affirment que c’est la corruption endémique qui a conduit le pays à la situation actuelle.
Les causes de la crise
Les causes de la crise électrique en Gambie tiennent à la dépendance croissante du pays des importations, notamment en provenance de pays voisins comme le Sénégal et la Guinée, ainsi qu’au recours à des solutions provisoires.
Dans son dernier rapport, la Banque mondiale a indiqué que le pays souffrait d’une faible production locale, mettant en garde contre cette forte dépendance vis-à-vis des importations, ainsi que contre l’incapacité de la compagnie nationale à payer ses factures à ses voisins, le Sénégal et la Guinée.
Quant au Fonds monétaire international, il estime qu’environ 75 % de la consommation d’électricité de la Gambie en 2025 proviendra du Sénégal, tandis que le pays dépendra de la Guinée, dont l’approvisionnement à la Gambie atteindra, selon le directeur général de la compagnie d’électricité, environ 80 mégawatts au cours de la même période à partir de 2025.
La compagnie est confrontée à d’importants défis financiers, au premier rang desquels figurent les dettes.
Depuis la conclusion de l’accord entre la compagnie et son homologue sénégalaise, la dette s’élève, selon le journal gambien The Standard, à environ 37 millions de dollars.
La crise s’est aggravée après que le gouvernement ait mis fin, en 2025, à son contrat de huit ans avec une entreprise turque, via sa centrale flottante « Kar Power Ship », qui couvrait environ 40 % des besoins en électricité du pays.
Mais les rues de la Gambie se sont transformées en arène de protestations virulentes, poussant certains militants sur les réseaux sociaux à brandir le slogan « Zalam Baro » (les ténèbres sont là). Certains s’interrogent sur la capacité du président à sortir le pays de l’obscurité à moins de trois mois des élections.




