De l’envoyé spécial de Sahara Media à Abidjan : Cheikh Mohamed Horma
Trois heures seulement ont suffi à Sidi Ould Tah pour remporter la course à la présidence de la Banque africaine de développement (BAD), l’institution économique et financière la plus importante d’Afrique, dont la direction est équivalente de celle de la Banque mondiale.
Certains optimistes s’attendaient peut-être, mais prudemment à la victoire d’Ould Tah, eu égard à la qualité de sa campagne diplomatique et médiatique, mais il y avait parmi eux qui ne s’attendaient pas à ce que la victoire se dessine en trois tours et seulement pendant trois heures.
Que s’est-il passé entre 10 heures et 13 heures jeudi pour que la balance penche en faveur du candidat mauritanien ?
Une confiance soudaine
Derrière les portes closes de la salle de vote de l’hôtel Sofitel, la délégation mauritanienne était présente, conduite par le ministre de l’économie et des finances, Sid Ahmed Ould Bouh, chef du comité de coordination de la campagne.
Après la fin du premier tour, et avant la publication des résultats, l’ambassadeur de Mauritanie en Côte d’Ivoire, Mohamed Abdallahi Ould Khattra, en sortant de la salle et en réponse à une question de Sahara Media sur l’ambiance qui régnait dans la salle, s’est déclaré optimiste.
L’ambassadeur a précisé « qu’après ce premier tour, nous aurons le soutien de deux grands pays dans la banque, que je ne peux pas révéler présentement, un soutien de poids qui nous pousse à l’optimisme, un optimisme que trahissaient les traits de l’ambassadeur balayant d’un revers l’inquiétude qu’affichaient certains officiels mauritaniens. Que s’est-il passé ? Comment deux grands pays ont-ils pu changer leur décision après le premier tour de scrutin ?

Appels téléphoniques depuis Nouakchott
A des milliers de kilomètres d’Abidjan, le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh Ghazouani tenait une réunion de suivi du scrutin depuis son bureau, a confirmé une source diplomatique à Sahara Media.
La source ajoute que Ould Cheikh Ghazouani avait passé plusieurs appels pendant le vote, des communications qui ont joué un rôle décisif pour changer la donne et faire pencher la balance en faveur du candidat mauritanien.
« Nouakchott était en contact direct avec les capitales clés dans la décision », a déclaré le ministre de l’économie et des finances, Sid Ahmed Ould Bouh, après l’annonce de la victoire de la Mauritanie.
« Des contacts décisifs ont été pris qui ont abouti à des décisions et des directives à certains gouverneurs des pays concernés », a-t-il ajouté, ce qui a entraîné un soutien de dernière minute au candidat mauritanien.
La plus en vue de ces capitales est Lagos, car le Nigeria, qui a un poids important au sein de la BAD, a changé de position de manière soudaine et décisive.
Nouakchott était également en contact permanent avec le palais présidentiel d’Abidjan, car le président Alassane Ouattara était l’un des plus grands soutiens de la candidature mauritanienne et a largement contribué à convaincre certains pays de voter en faveur de son candidat.
Un candidat dans la salle

Loin des projecteurs, le candidat Sidi Ould Tah était reclus dans une chambre située dans l’un des étages supérieurs de l’hôtel Sofitel, alors que le vote se déroulait dans la grande salle au rez-de-chaussée du même hôtel et suivait l’évolution du vote par téléphone, avec son équipe.
Une source proche de lui a confié à Sahara Media qu’il disposait d’une ligne directe avec Nouakchott, par laquelle il recevait des appels directs pour coordonner la pression sur les électeurs.
Au deuxième tour, Ould Tah a réussi à gagner 18 points, alors que ses rivaux perdaient leurs points en sa faveur, et au troisième tour, il a réussi à obtenir un résultat qui lui a permis de l’emporter haut la main.
Après l’annonce des résultats définitifs, une équipe du protocole de la BAD est arrivée dans la salle pour dire à Tah de se préparer à se rendre dans le grand hall pour prononcer son premier discours en tant que président de la BAD.
Il est entré dans la salle, entouré d’une garde rapprochée, au milieu de chants mauritaniens et d’applaudissements pour la Mauritanie, qui consacre les résultats d’une année intense de travail diplomatique par une victoire écrasante, propulsant, pour la première fois, depuis l’indépendance du pays en 1960, un mauritanien à un poste aussi important et prestigieux que sollicité, l’une des plus importantes institutions financières du monde.




