Après la prière du crépuscule, vendredi soir, des journalistes et des blogueurs ont commencé à affluer, seuls ou en groupes, vers le palais présidentiel de Nouakchott ; tous avaient rendez-vous avec le président pour sa première rencontre filmée avec la presse locale depuis six ans.
Les invités sont descendus sur la place de la Liberté, où ils avaient garé leurs voitures. À l’entrée principale du palais présidentiel, les agents de la garde présidentielle ont vérifié leurs noms sur des listes, sans leur demander de pièce d’identité, puis les ont accueillis avec une politesse froide.
Après avoir franchi l’entrée principale, les invités se retrouvaient face au célèbre bâtiment gris du palais présidentiel, mais un membre de la garde présidentielle leur a demandé de tourner à gauche pour traverser le jardin du palais par une longue allée pavée menant à la place du lever du drapeau, devant l’une des plus belles villas de l’enceinte présidentielle.

Pas de téléphones
À l’entrée de la villa, un deuxième contrôle des noms a été effectué, suivi d’une fouille de sécurité rigoureuse, à l’issue de laquelle tous les invités ont remis leurs téléphones, qui ont été placés dans des enveloppes en papier portant des numéros d’ordre, afin d’être restitués à la fin de la conférence de presse.
Une fois les téléphones remis, les agents de la garde présidentielle ont conduit les participants vers une vaste salle d’attente, dont les murs étaient peints dans des tons apaisants allant du rose au jaune en passant par la couleur sable.
Au-dessus de deux des portails de la salle, l’inscription « Il n’y a de vainqueur que Dieu » était gravée en caractères andalous anciens, la devise de Bani al-Ahmar, les derniers souverains de Grenade.
Au centre de la salle se dressaient deux colonnes en béton, chacune surmontée d’une tête de gazelle sauvage empaillée, le regard perdu dans le vide, dont les cornes tordues semblaient sur le point de transpercer le plafond.
À côté des deux colonnes, une table regorgeait de fruits secs et de confiseries, et une autre était réservée aux boissons, tandis que des tables hautes de cocktail, sans chaises, étaient disposées un peu partout, à la manière des pauses-café express.

Mais l’attente n’a pas été de courte durée car elle s’est prolongée pendant plus d’une heure, au cours de laquelle certains journalistes ont dû accomplir la prière du soir dans un coin de la salle sous le regard du cerf empaillé, tandis que d’autres se bousculaient pour occuper les rares chaises disposées sur les côtés de la salle.
Pendant toutes ces heures, le flou a régné en maître ; des questions circulaient d’un journaliste à l’autre concernant l’heure de début de la conférence et les détails de son déroulement, mais personne bien sûr n’avait de réponse.
En attendant le président
Après une heure et demie d’attente, l’heure est venue de se rendre dans la salle de conférence ; une salle située à quelques mètres seulement, mais bien plus petite que la salle d’attente.
Sur ces quelques mètres restants, plus d’une centaine de personnes se bousculaient, ce qui a déconcerté les agents de sécurité qui appelaient au calme ; mais la ruée vers les sièges du premier rang — les plus proches du regard du président et les plus propices à obtenir la parole — a pris le pas sur les consignes.
La salle comptait plus de 120 sièges, réorganisés en quatre quarts de cercle comprenant chacun cinq rangées ; pourtant, l’équipe de communication a dû ajouter des sièges supplémentaires pour les invités restés debout, ce qui a révélé que le nombre définitif de participants n’était pas connu, même des organisateurs eux-mêmes.
Au centre de la salle, une estrade surélevée d’un demi-mètre par rapport au sol avait été installée, ses bords ornés de bouquets de fleurs, surmontée d’un bureau présidentiel en bois rouge précieux, derrière lequel se trouvait un fauteuil noir confortable, et à sa droite, le drapeau national, tandis que l’arrière-plan était décoré d’un écran géant arborant le sceau de l’État et la devise de la République : (Honneur – Fraternité – Justice).
Dans un coin de la salle, le directeur général de l’Agence mauritanienne d’information, Mohamed Takiyoulah Al-Adham, se tenait prêt à diriger la séance, tandis que derrière un rideau se tenait le délégué général de la délégation « Taazir », Sidi Ould Moulay Al-Zain, pour donner des instructions à distance.
Avant l’arrivée du président, le directeur général de l’AMI a déclaré : « Lors d’un congrès de cette envergure, nous commencerons par une introduction du président de la République d’une durée de 5 à 10 minutes, puis nous ouvrirons la séance aux questions du public à raison d’une question par intervenant », ajoutant que des occasions se présenteraient spontanément pour répondre au plus grand nombre possible de questions.
Après une demi-heure d’attente supplémentaire, Ould Moulay Zeine a chuchoté à l’oreille de Takiyoulah, revenu annoncer que le président avait reçu des appels de l’étranger, ce qui expliquait le retard dans le début de la conférence. Quelques minutes plus tard, le président est apparu en personne et a présenté ses excuses pour ce retard sans en préciser les raisons.
Les trois questions
Bien que la conférence ait duré près de trois heures, que 14 questions aient été posées et que plus de 120 journalistes et blogueurs y aient assisté, on peut dire qu’elle s’est achevée sur trois questions dont les réponses resteront gravées dans l’esprit des Mauritaniens. Il ne fait aucun doute que celles-ci n’ont pas surpris le président, car ce sont les plus pressantes dans la population mauritanienne.
Bien que le président ait indiqué dans son discours d’ouverture que l’objectif était de présenter son projet de société en place depuis 2019, la conférence a repris là où les événements politiques du pays s’étaient arrêtés, avec une question brûlante qui a relancé le débat sur un troisième mandat.

Le président s’est montré prudent dans sa réponse, évitant les pièges de l’impasse politique et reprenant la stratégie de « brouillage » qu’il avait opposée aux prétendants à la présidence il y a un an, en adoptant un flou qui laisse toutes les hypothèses ouvertes.
Quant à la deuxième question, encore plus brûlante, elle a mis sur la table du président les dossiers de la corruption, de l’impunité et des marchés de gré à gré. C’est cette question qui a reçu la réponse la plus longue de la conférence, le président y revenant à plusieurs reprises pour tenter de la réfuter point par point ; même lorsque le modérateur a tenté à plusieurs reprises de passer à autre chose, le président a insisté pour achever sa réponse.
Quant à la troisième question, elle portait sur la loi sur les symboles, très controversée et rejetée tant sur le plan politique que par l’opinion publique. La réponse du président a alors semblé sincèrement émue, et sa douleur face à ce qu’il a qualifié de « baisse du niveau du débat public » était manifeste. Le président n’a pas manifesté l’intention de revenir sur cette loi ni de la modifier, même s’il a conclu sa réponse en affirmant que la porte du dialogue restait ouverte sur toutes les questions, y compris cette loi.
Le président est sorti de cette conférence de presse en remportant de nombreux points, se montrant disposé à renouveler l’expérience à plusieurs reprises si on le lui demandait, et réfutant ainsi une accusation récurrente selon laquelle il privilégierait les médias étrangers, notamment occidentaux.
Mais ce qui a retenu l’attention lors de cette conférence de presse, c’est que la moitié des questions (7 sur 14) ont été posées par les médias publics (l’agence de presse, la chaîne mauritanienne et la radio). Le plus grand choc pour les personnes présentes a même été que deux membres du bureau de presse de la présidence ont posé des questions au président, donnant ainsi l’impression que la présidence s’interrogeait elle-même !




